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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/232

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dans les intérêts, dans la vie morale et politique comme dans la vie industrielle. Il y a toutes ces questions sociales dont on abuse souvent, que les passions dénaturent ou enveniment, mais qu’on ne peut plus éluder, qu’on ne résoudra utilement que par une équité prévoyante et pratique, par une étude attentive de tous les élémens du problème, par l’alliance de toutes les bonnes volontés, de toutes les intelligences sérieuses. Il y a des institutions qui ont pu suffire jusqu’ici et qu’on sent le besoin de rajeunir ou d’élargir pour les adapter à un temps nouveau. Il y a enfin dans la vie publique et parlementaire elle-même, dans les rapports des partis, tout un travail de réorganisation qui peut déconcerter plus d’un calcul, troubler les tacticiens des camps extrêmes, et ne suit pas moins son cours. Oui, vraiment, la France a dans cette fin de siècle assez à faire, elle a devant elle un assez vaste programme d’œuvres utiles, nécessaires, de reconstitution intérieure pour n’avoir pas de sitôt le temps de s’ennuyer.

Ce qui est certain, c’est que les anciennes combinaisons des partis semblent épuisées et que nous assistons à l’élaboration encore un peu confuse, déjà visible néanmoins, d’un état nouveau. On peut, tant qu’on voudra, s’ingénier à donner le change, jouer avec les mots, essayer de perpétuer de vieilles querelles et de fausses apparences : la vérité est que tout se modifie par degrés, qu’un travail plus ou moins avoué s’accomplit dans tous les camps, que bien des évolutions ou des combinaisons qui semblaient impossibles sont en train de devenir une réalité, tout au moins une éventualité qui n’a plus rien d’invraisemblable. Tout marche, et un des signes les plus caractéristiques de cet état nouveau est certainement la formation de ce qu’on appelle une « droite constitutionnelle, » d’un parti conservateur prenant sans subterfuge et sans arrière-pensée sa place dans la république. Jusqu’ici ce n’était qu’une velléité, un projet toujours ajourné ; maintenant c’est un fait accompli, avéré. Les conservateurs constitutionnels se détachent définitivement des conservateurs qui, sous le nom de « droite royaliste, » croient devoir garder leur fidélité à un programme de restauration monarchique ; ils se sont réunis l’autre jour, et le président de la réunion, M. le général de Frescheville, a fait simplement, sans équivoque et sans réserve, son acte d’adhésion à la république devenue « le gouvernement légal du pays ; » il a déclaré que lui et ses amis n’avaient d’autre pensée que d’être un des élémens d’un « parti fortement uni pour assurer au pays, avec la république, les bienfaits d’un gouvernement ferme et juste, en même temps que fidèle à l’esprit démocratique. » D’un autre côté, M. Piou, un des patiens organisateurs, un des chefs de cette « droite constitutionnelle, » M. Piou, dans une conversation récente, accentuait plus nettement encore le sens de cette évolution, le programme et les