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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/219

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Walter Scott regrettait dans son âge mûr de n’avoir pas tenu dès sa jeunesse un journal de sa vie ; il se reprochait d’avoir perdu ainsi le souvenir de beaucoup de choses intéressantes et privé sa famille et le public de quelques informations curieuses. Cet homme qui avait connu tant d’hommes de tous les pays et de toutes les conditions, qui avait frayé avec les paysans d’Ecosse comme avec les grands politiques de l’Angleterre, avec les princes et les rois, ce greffier des sessions de la cour d’Edimbourg, qui, devenu baronet et grand châtelain, avait vu passer ou séjourner dans sa demeure presque royale tant de personnages marquans, tant d’originaux de tout genre, cet écrivain doublé d’un homme d’affaires, qui, après avoir joui longtemps de sa gloire et d’une prospérité presque sans exemple, avait connu le malheur et les détresses, était un de ces mortels privilégiés auxquels on ne peut en vouloir de s’intéresser beaucoup à eux-mêmes et de se croire en droit d’intéresser les autres en leur racontant leurs souvenirs et leurs rêves, leurs chagrins, leurs joies et leurs déconvenues.

Ce ne fut qu’à l’âge de cinquante-deux ans que, pris d’un tardif repentir, il projeta de consigner dans un volume in-quarto relié en vélin et muni d’une forte serrure toutes ses pensées, ses imaginations, ses rêves et les menus incidens de ses journées. De 1825 jusqu’en 1832, année de sa mort, il demeura fidèle à sa résolution. Ce journal a été récemment publié à Edimbourg [1]. Les éditeurs, trop

  1. The Journal of sir Walter Scott, 1825-32, from the original manuscript at Abbotsford. EdinJburgh ; David Douglas.