Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/215

Cette page n’a pas encore été corrigée


M. Besnard est aussi ou semble être un improvisateur ; or, il faut reconnaître que, dans le portrait, lorsque la brosse est maniée hardiment et librement par un bon peintre, doublé d’un bon dessinateur, cette façon de faire, rapide et vivante, donne souvent des surprises charmantes. Les choses inachevées, dans leur aspiration troublée et incertaine vers la vie, ont toujours quelque chose qui nous émeut et nous touche plus aisément. L’imagination du spectateur, aussi bien que celle même de l’artiste, n’est-elle pas toujours disposée à les compléter par le rêve, et à leur supposer la possibilité d’une extrême perfection ? Mais pour se livrer sans danger à de pareils exercices, il faut être sûr de son œil et de sa main. C’est le cas de M. Besnard, lorsqu’il se souvient de ses premières études et lorsqu’il ne se livre pas à des recherches trop excentriques d’illuminations artificielles. On retrouve alors en lui le dessinateur précis et délicat, le coloriste souple et savoureux, le physionomiste vif et pénétrant. Il a cette année, dans cette manière libre et vivante, deux bons portraits de femmes, celui de Mme R. M., en noir, sur un fond de tenture, celui de Mme L. P., en clair, dans un panneau cintré ; mais le plus joli morceau de son exposition nous semble être celui qu’il intitule le Sourire, une mère avec deux fillettes. Les attitudes sont naturelles, les visages honnêtes, jeunes et francs, les physionomies pures et charmantes ; c’est, du reste, dans l’expression vive des visages mutins ou naïfs d’enfans que M. Besnard réussit le mieux depuis quelques années.

Français ou étrangers, presque tous les portraitistes du Champ de Mars visent à cette expression libre et sommaire de la personnalité humaine, dans une attitude familière et vive, sous un effet de lumière particulier qui accentue le mouvement, la silhouette ou l’expression. Le portrait classique n’y est plus guère pratiqué que par M. Gervex, dont la plupart des œuvres restent aussi à l’état de préparations, mais de préparations distinguées et d’une coloration charmante, par M. Rixens, dont l’exécution devient plus souple et plus brillante (Portrait de M. Benoist, ancien président de la chambre des avoués), par M. Courtois, avec ses figures, de petite dimension, d’un style un peu mince, mais toujours soigné, délicat, distingué (Portraits de Mlle Bartet, de M. Freiwald), par M. Weerts, avec sa nombreuse collection de figurines minutieusement analysées (Portraits du général baron de Launay, de M. Paul Didère, etc.), par MM. Sain, Parrot, Desboutin, etc. Il y a des recherches heureuses d’éclairage plus accidenté dans le bon Portrait de Mme B.-L… par M. Emile Bastien-Lepage. Quant aux étrangers, c’est en masse et avec une ardeur d’innovation dont le sentiment de la forme et le respect de la vérité ont plus d’une fois à souffrir, qu’ils se livrent