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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/197

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M. Barrias avait fait asseoir son Algérienne ; il lui a, d’ailleurs, conservé le caractère simple qu’elle devait avoir.

Pour les allégories décoratives et monumentales, les sculpteurs sont obligés de se conformer d’ordinaire à des programmes qui ne brillent pas toujours par la clarté. On ne s’imagine pas ce que les municipalités, les commissions, les particuliers, lettrés ou illettrés veulent souvent faire dire, dans une seule statue, par un pauvre artiste. Toutes les abstractions y doivent tenir. M. Peynot, qui est, avant tout, un vaillant tailleur de marbre, ne s’est pas, il est vrai, longuement torturé l’esprit pour rajeunir les allégories, plus que banales, qui lui étaient demandées pour la ville de Lyon et pour le château de Vaux. Sa fontaine monumentale, A la gloire de la république, nous montre, au milieu, sur une proue, la République assise ; au-dessous, la Loire et le Rhône se donnant la main ; sur les côtés, à la hauteur de la République, à gauche, un groupe de la Fraternité ; à droite, un autre groupe de la Liberté, Le seul groupe des deux fleuves, un triton et une sirène qui se rencontrent, sans sortir des données classiques du xvir9 siècle, est vraiment d’un grand style monumental ; un souffle de Coysevox a passé par là. Dans le reste, M. Peynot est moins à l’aise : c’est, avant tout, un robuste tailleur de marbre ; il lui faut de grands blocs à attaquer ; tout ce qui est recherche d’expressions intellectuelles et morales, de gestes compliqués, d’accessoires explicatifs, semble le gêner. On reconnaît le vrai tempérament de l’artiste dans les Quatre parties du monde pour le château de Vaux. Le style Louis XIV y est assez maladroitement recherché dans les physionomies, les ajustemens, les accessoires, mais la grande tradition classique s’y retrouve dans le coup puissant du ciseau enlevant et agitant les grands pans de draperie avec une étonnante hardiesse. MM. Labatut, Groisy, Daillion, en exécutant quelques figures allégoriques pour la Bibliothèque nationale ou la cour du Louvre, l’Imprimerie, l’Architecture, l’Archéologie, ont essayé, avec goût, de les raviver par une certaine distinction dans le choix du type et l’expression du visage, en même temps que par l’allure un peu plus moderne des draperies ; ce sont d’agréables ouvrages, plus étudiés que ne le sont trop souvent ces sortes de travaux. Une Flore, destinée par M. Pillet à l’hôtel de ville de Saint-Jean-d’Angély, est aussi traitée avec grand soin.

La plupart des autres sculptures, d’un caractère monumental, sont des effigies historiques qui ont leur place réservée d’avance soit sur une place publique, soit à l’extérieur ou à l’intérieur de quelque édifice désigné. Cependant, notre chère, notre toujours plus chère héroïne nationale, Jeanne d’Arc, a le privilège, chaque