Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/194

Cette page n’a pas encore été corrigée


qui leur imposent un respect plus constant de la forme et leur interdisent, du côté de la réalité, sous ses aspects disgracieux ou passagers, tout un champ d’observations largement ouvert aux dessinateurs. Nous avons vu, dans ces dernières années, avec quelle peine des artistes ingénieux ou naïfs s’efforcent de donner un corps plastique à des idées plus nouvelles, à des idées qui soient plus nôtres, que les idées religieuses ou morales depuis longtemps réalisées par les arts de l’antiquité, du moyen âge ou de la renaissance. Ce qui manque, en général, à ces tentatives, pour réussir, c’est d’abord la clarté dans la conception, cette clarté indispensable à la sculpture plus qu’à tout autre art, et ensuite, cette liberté, cette simplicité, cette grandeur dans l’exécution qui ne lui sont guère moins nécessaires. Cette année, M. Damé a-t-il réussi à dire ce qu’il voulait dire, le Travail chasse la Misère, dans son groupe agité, dont le mouvement attire de loin les yeux ? Un ouvrier forgeron, à demi nu, auprès d’une enclume, brandissant un grand marteau avec lequel il s’apprête à frapper, non pas le fer fumant, mais une vieille femme en guenilles qui rampe, en se cachant, sous un fourneau, est-ce là une traduction bien claire de cette vérité si claire ? Sans le livret, on ne comprendrait pas, et l’on pourrait croire plutôt à quelque horrible querelle de famille se terminant par un meurtre. Il est douteux que cette allégorie incompréhensible produise sur les masses l’effet moral qu’en attendait peut-être l’artiste, et le simple spectacle d’un bon ouvrier à sa besogne, battant le fer de tout cœur, serait plus édifiant et plus moralisateur. De même, l’Amour, gisant à terre, écrasé sous un sac d’écus qui se crève, ne nous renseigne pas non plus bien nettement sur la pensée intime de M. Puech. Nous supposons qu’il a voulu nous apitoyer sur le sort de ce pauvre amour tué de notre temps par l’argent, mais la plupart des passans n’y comprennent goutte. Les ignorans croient qu’il s’agit d’un fait divers et d’un enfant écrasé par la chute d’un gros sac de billon ; quelques malins pensent que c’est la légende de l’infortuné Corrège, succombant, en route, sous le poids de l’argent qu’il porte à sa famille affamée, et font observer, avec finesse, que le sculpteur a pris bien des libertés avec l’histoire, ayant fort rajeuni le peintre et l’ayant mis nu comme ver. Chez M. Puech, il n’y a que demi-mal ; si l’énigme est obscure, l’on peut se rattraper sur la netteté du coup de pouce ; cette figure d’adolescent, sous son projectile symbolique, est simple et charmante. C’est aussi par la facture habile et hardie que le groupe de M. Icard, les Droits de l’homme, se fait pardonner l’ambition, non justifiée, de son titre. En réalité, il s’agit d’un grand vieillard, très chauve et très barbu, un ancêtre vénérable qui, dans