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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/14

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encyclopédiques où l’enseignement libre, souple et multiple se hausse incessamment et de lui-même jusqu’au niveau montant de la science. Chez nous, faute d’universités, elles n’avaient que les écoles spéciales ; c’est là seulement qu’elles ont pu se faire place et obtenir des professeurs. Dès lors, le caractère propre de ces écoles a changé : elles ont cessé d’être strictement spéciales et véritablement professionnelles. — Chacune d’elles, étant un individu, s’est développée à part et pour soi ; elle a voulu posséder à domicile et fournir sous son toit tous les enseignemens généraux, collatéraux, accessoires et ornementaux qui, de près ou de loin, pouvaient servir à ses élèves. Elle ne s’est plus contentée de faire des hommes compétens et exerçans ; elle a conçu la forme supérieure, le modèle idéal de l’ingénieur, du médecin, du juriste, du professeur, de l’architecte ; pour fabriquer ce type extraordinaire et désirable, elle a imaginé quantité de cours surérogatoires et de luxe, et, pour obtenir ces cours, elle a fait valoir l’avantage de donner au jeune homme, non-seulement toutes les connaissances techniques, mais encore le savoir abstrait, les informations diverses et multiples, la culture complémentaire et les grandes vues générales qui mettront dans le spécialiste un savant proprement dit et un esprit très largement ouvert.

A cet effet, elle s’est adressée à l’État ; c’est lui, l’entrepreneur de l’instruction publique, qui fonde toute chaire nouvelle, nomme l’occupant, paie le traitement, et, quand il est en fonds, il n’y répugne pas ; car il gagne à cela une bonne renommée, un surcroît d’attribution et un fonctionnaire de plus. — Voilà comment et pourquoi, dans chaque école, les chaires se sont multipliées : Écoles de droit, de médecine, de pharmacie, des chartes, des Beaux-Arts, Écoles polytechnique, normale, centrale, agronomique, commerciale, chacune d’elles devient ou tend à devenir une sorte d’université au petit pied, à rassembler dans son enceinte la totalité des enseignemens qui, si l’élève en profite, feront de lui, dans sa profession, un personnage accompli. — Naturellement, pour que ces cours soient suivis, l’École, de concert avec l’État, accroît les exigences de ses examens, et bientôt, pour la moyenne des intelligences et des santés, le fardeau qu’elle impose devient trop lourd. En particulier, dans les écoles où l’on n’entre que par un concours, la surcharge s’exagère ; c’est que la presse est trop grande à l’entrée ; il y a maintenant cinq, sept, et jusqu’à neuf candidats pour une place. Devant cet encombrement, il a bien fallu exhausser et multiplier les barrières, prescrire aux concurrens de les sauter, ouvrir la porte à ceux qui en franchissent de plus hautes et en plus grand nombre. Nul autre moyen de choisir entre eux, sans