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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/13

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principal objet est de monter ou, du moins, de ne pas descendre : il emploie à cela toute sa force, il n’en dépense aucune parcelle à côté ni au-delà, il ne s’accorde aucune diversion, il ne se permet aucune initiative ; sa curiosité contenue ne s’aventure pas hors du cercle tracé ; il n’absorbe que les matières enseignées et dans l’ordre où elles sont enseignées ; il s’en emplit, et à pleins bords, mais pour se déverser à l’examen, non pour retenir et garder à demeure ; il court risque de s’engorger, et, quand il se sera dégorgé, de rester creux. — Tel est le régime de nos écoles spéciales : ce sont des entreprises de jardinage systématique, énergique et prolongé ; l’État, jardinier en chef, agrée ou choisit des plants qu’il se charge de mener à bien, chacun en son espèce. A cet effet, il sépare les espèces et les range chacune à part sur sa couche de terreau ; là, toute la journée, il bêche, sarcle, ratisse, arrose, ajoute engrais sur engrais, applique ses puissans appareils de chauffage, accélère la croissance et la maturation. Dans certaines couches, ses plants sont toute l’année sous cloche ; de cette façon, il les maintient dans une atmosphère artificielle et constante, il les contraint à s’imbiber plus largement des liquides nutritifs qu’il leur prodigue, à se gonfler, à s’hypertrophier, à produire des fruits ou des légumes de montre, qu’il expose et qui lui font honneur ; car tous ces produits ont bonne apparence, plusieurs sont superbes d’aspect, leur grosseur semble attester leur excellence, il les a pesés au préalable, et les étiquettes officielles dont il les décore annoncent le chiffre authentique de leur poids.

Pendant le premier quart et même pendant la première moitié du siècle, le système est resté presque inoffensif ; il n’opérait pas encore à outrance. Jusqu’en 1850 et au-delà, ce que, dans les examens et les concours, on demandait aux jeunes gens, c’était bien moins l’étendue et la minutie du savoir que des preuves d’intelligence et la promesse d’une aptitude : dans les lettres, on vérifiait surtout si le candidat, familier avec les classiques, écrivait correctement en latin et assez bien en français ; dans les sciences, on vérifiait surtout si de lui-même, il mettait le doigt vite et juste sur la solution d’un problème, si, de lui-même, il enfilait vite et droit, jusqu’au bout, sans dévier ni broncher, une longue série de théorèmes ou d’équations ; en somme, l’épreuve avait pour but de constater en lui la présence et le degré de la faculté mathématique ou de la faculté littéraire. — Mais, depuis le commencement du siècle, les anciennes sciences subdivisées et les nouvelles sciences consolidées ont multiplié leurs découvertes, et, forcément, les découvertes finissent par s’introduire dans l’enseignement public. En Allemagne, pour s’installer et parler en chaire, elles trouvaient ces universités