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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/12

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chacune d’elles enfermée dans son compartiment distinct, chacune ayant pour but de créer, constater et proclamer une capacité pratique, chacune d’elles chargée de conduire pas à pas le jeune homme, à travers une série d’études et d’épreuves, jusqu’au titre ou diplôme final qui le qualifie pour sa profession, diplôme indispensable ou du moins très utile, puisque, sans lui, dans beaucoup de cas, on n’a pas le droit d’exercer, et que, grâce à lui, dans tous les cas, on entre dans la carrière avec faveur et crédit, dans un bon rang, avec une notable avance. — A l’entrée de presque toutes les carrières dites libérales, un premier diplôme est exigé, celui de bachelier ès-lettres ou de bachelier ès-sciences, parfois l’un et l’autre, et l’acquisition de ce grade est maintenant pour toute la jeunesse française un grave souci, une préoccupation quotidienne et pénible. A cet effet, aux alentours de la seizième année, le jeune homme travaille, ou plutôt on le travaille ; perdant un an ou deux, il se soumet à une culture forcée, non pas en vue d’apprendre et de savoir, mais pour répondre bien ou passablement à l’examen et pour faire certifier, sur preuves ou semblans de preuves, qu’il a reçu toute l’éducation classique. — Ensuite, à l’école de médecine ou de droit, pendant les quatre années prescrites, seize inscriptions échelonnées, quatre ou cinq examens superposés, deux ou trois vérifications terminales, l’obligent à fournir les mêmes preuves ou semblans de preuves, pour faire constater, chaque année, qu’il s’est assimilé les enseignemens de l’année, et pour faire attester, à la fin de ses études, qu’il possède à peu près l’ensemble et la diversité des connaissances auxquelles il est astreint.

Dans les écoles où le nombre des admis est limité, la culture, encore plus active, devient intense et continue : à l’École centrale, aux écoles commerciales ou agronomiques, à l’École des Beaux-Arts ou des Chartes, l’élève est là toute la journée ; aux écoles militaires, à l’École polytechnique ou normale, il est là toute la journée et toute la nuit ; on l’a caserne. — Et l’impulsion qu’il subit est double : à la pression de l’examen s’ajoute celle du concours. A l’entrée, à la sortie et pendant tout son séjour, non-seulement à la fin de chaque année, mais chaque semestre ou trimestre, parfois toutes les six semaines ou même tous les quinze jours, il est évalué d’après ses compositions, exercices, interrogatoires, avec tant de points pour chacune de ses valeurs partielles, avec tant de points pour sa valeur totale, et, d’après ces chiffres, il est classé à tel rang parmi ses camarades qui sont ses rivaux. Descendre dans l’échelle serait désavantageux et humiliant ; monter dans l’échelle sera utile et glorieux. Sous la poussée de ce motif, si fort en France, son