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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/955

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l’incident, provoquer des manifestations nouvelles, donner pour ainsi dire rendez-vous à l’émotion publique devant un tribunal. Malheureusement aussi, il faut l’avouer, M. l’archevêque d’Aix a montré dans toute cette affaire plus de vivacité et d’inexpérience que de prudente mesure. Il ne s’est pas demandé avant tout si c’était bien le moment de protester contre une circulaire qui pouvait être une nécessité de politique extérieure, de rouvrir avec M. le ministre des cultes une sorte de conflit, une vieille querelle sur les droits de l’État. On a eu le tort de le poursuivre ; il a semblé un peu trop pour sa part braver la poursuite, se complaire à l’apparat et au bruit, aux hommages, aux adhésions, au retentissement des polémiques, aux apparences d’une popularité nouvelle pour lui. Avec une naïveté respectable sans doute, mais un peu singulière, le digne prélat s’est cru appelé à représenter l’Église de France persécutée. Il a paru un peu abusé par les adhésions d’une partie de l’épiscopat, et assez flatté d’être l’occasion de protestations, de manifestations sacerdotales contre la prépotence civile, contre des droits de vigilance supérieure que tous les régimes ont exercés. M. l’archevêque d’Aix et les évêques qui l’ont suivi n’ont pas remarqué qu’ils allaient droit à un grand piège, qu’ils comblaient les vœux des esprits extrêmes de tous les partis, impatiens d’en finir, comme ils l’ont avoué, avec la politique d’apaisement ; ils n’ont pas vu qu’ils allaient offrir aux radicaux un trop facile prétexte de reprendre leur campagne contre l’Église, qu’ils allaient de plus mettre le gouvernement dans un certain embarras en face de l’orage dont il était menacé. Et c’est ainsi qu’on en est venu rapidement à cette situation troublée, artificiellement violente, où l’on vient de passer trois jours au Luxembourg et au Palais-Bourbon, à batailler sur les « menées cléricales, à échanger des récriminations, des défis, — où M. le président du conseil lui-même s’est cru obligé d’accentuer l’attitude du gouvernement, de mettre une vivacité imprévue dans la défense des droits de la société civile.

Oui, vraiment, on a fait du chemin en peu de temps. Il y a quelques mois on ne parlait que de paix, tout au moins de tolérance dans la vie commune de l’Etat et de l’Eglise. Il y a quelques semaines, tout au plus, le budget des cultes était voté sans discussion ; l’ambassade au Vatican rencontrait à peine quelque contestation isolée, tant on sentait l’intérêt qu’avait la France à garder l’amitié d’un pontife qui reste le représentant d’une grande puissance morale. Aujourd’hui on ne parle que de guerre, on ne rêve que bataille ! on réveille toutes ces questions redoutables de la suppression du budget des cultes, de la dénonciation du concordat, de la séparation de l’Église et de l’État ; on les discute en plein parlement, on fait ce qu’on peut pour se passionner. Que toute cette agitation, cependant, soit plus factice que réelle, plus calculée que sincère, cela n’est point douteux. Elle est sûrement disproportionnée avec l’incident qui l’a fait naître ; elle ne répond