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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/827

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vieux Caton ; c’est toujours pour lui l’animal indomptable, trompeur, malfaisant, incapable de raison, dont on ne vient à bout, relativement, que par la contrainte et les coups. Il n’est pas de mon sujet de rechercher si, vraiment, les chansons de gestes et les romans les idéalisent, comme l’amour, autant qu’on l’a dit ; il me suffit de constater qu’au total la littérature épique ou sentimentale du moyen âge, lorsqu’elle n’est pas subtile et pédante, est singulièrement positive et grossière. Quant à la comédie, elle est d’avis, et très sincèrement, « que les femmes ne valent rien. » Faire-bien n’en peut rien tirer, leur seul maître est Fol-conduite. Incapables de science, « vérité est leur adversaire ; » intarissables bavardes, aigres, avides de divertissement, inconstantes, dépensières, elles réservent à leurs maris querelles, fausseté, jalousie, ruine, et les malheureux ne tirent de leur sort que cette réflexion mélancolique, éternellement justifiée : « Mauldit soit l’heure que jamais mariez je fus ! » S’ils se résignent et acceptent l’amant, il y aura peut-être pour eux tranquillité, et profit par surcroît ; c’est le conseil que semble donner, de façon toute naturelle, l’auteur de « Colin qui loue et dépite Dieu en un moment à cause de sa femme. » Entre une femme honnête et acariâtre et une coquette enjôleuse, mieux vaut la coquette, avec laquelle il suffit d’être complaisant. Foncièrement rusées et perfides, tout chez elles, paroles aimables, bons procédés, caresses, n’est que piège et doit mettre en défiance. Dans la Pipée, une des rares pièces de ce théâtre qui s’élèvent au-dessus de la platitude et dénotent quelque finesse d’invention, l’héroïne de la pièce, Plaisante-folie, n’a qu’un but : prendre et plumer les oiseaux qu’attirent ses chansons.

Tel est, pour la comédie du moyen âge, le rôle éternel des femmes, et la morale présentée ici d’une façon ingénieuse, quantité d’autres pièces la présentent de façon grossière. Si le mari se soumet, par faiblesse de caractère ou amour de la paix, le plus souvent son existence devient un enfer ; les exigences de sa femme lui font de la vie le plus intolérable et le plus humiliant des martyres ; ainsi, pour le Jaquinot du Cuvier. Mieux vaut les battre, car, si le bâton ne parvient pas à changer leurs défauts en vertus, du moins les maintient-il dans une soumission relative. A peine si M. Petit de Julleville peut relever, dans tout ce répertoire comique, quatre ou cinq exceptions à cette philosophie pessimiste des femmes et de l’amour. La tendresse maternelle et la reconnaissance qu’elle doit inspirer aux hommes sont décrites en cinq jolis vers, sans plus, dans la farce le Vieil amoureux et le Jeune amoureux. Il signale encore une gracieuse idylle de jeunesse, à la fois railleuse et sincère, plaisante et doucement émue, dans le dialogue