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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/714

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chefs, les syndicats qui l’ont décidée, comme s’ils voulaient dégager leur responsabilité, ont eu la fantaisie d’organiser une sorte de plébiscite. Ils ont appelé les ouvriers à voter, et le vote a été au moins curieux. Il s’est trouvé que sur plus de 30,000 ouvriers 10,000 se sont abstenus, 7,000 ont voté contre toute suspension de travail ; 13,000, dont 3,000 enfans, ont voté la grève. Après ce plébiscite, déjà significatif, des délégués se sont réunis et le même phénomène s’est reproduit : il y a eu 48 voix pour la grève, 46 voix pour la continuation du travail. L’enthousiasme pour la grève était visiblement médiocre. Les meneurs n’avaient pas moins leur blanc-seing, et, agissant de puissance à puissance, ils ont signifié au comité qui représente les sociétés houillères une sorte d’ultimatum des revendications ouvrières, le programme de la grève, qui se résume en quelques points : répartition plus équitable des salaires avec fixation d’une moyenne, réduction des heures de travail, réorganisation des caisses de secours, obligation pour les compagnies de reprendre les ouvriers affiliés aux syndicats et congédiés. Les sociétés houillères ont répondu que ce que les ouvriers réclamaient pour les salaires et pour les heures de travail était déjà un fait acquis, que les caisses de secours étaient l’objet d’une loi soumise au parlement, que si les ouvriers étaient libres de travailler ou de ne pas travailler, les compagnies devaient à leur tour garder leur liberté dans le choix de ceux qu’elles employaient.

Voilà les faits ! Et c’est là-dessus que la rupture a éclaté, qu’on n’a pas craint de jeter dans la rue ou dans les campagnes de 30,000 à 40,000 ouvriers livrés à toutes les excitations, en organisant une sorte de terreur contre ceux qui voulaient travailler, d’exposer une population tout entière aux misères qui sont la suite cruelle des longs chômages. C’est sur ces faits qu’on a interpellé le gouvernement en le pressant d’intervenir, en le menaçant, en lui laissant entrevoir le danger des collisions, des répressions, le renouvellement possible de la scène sanglante de Fourmies ! M. Basly a parlé pour les mineurs du Pas-de-Calais, et il a été aidé par M. Clemenceau, et M. Clemenceau a eu pour auxiliaire M. de Mun lui-même.

En bien ! que faire alors ? que demande-t-on au ministère ? que peuvent le gouvernement et le parlement ? s’agit-il de témoigner des sympathies pour les populations laborieuses, d’alléger leurs souffrances, de relever leur condition ? On n’est occupé qu’à cela depuis quelques années, et on peut dire qu’entre tous les partis il y a une émulation de zèle. On a fait, on ne cesse de faire des lois de protection, d’humanité, d’équité sociale. On a fait cette loi des syndicats qui, par une malheureuse combinaison, reconstitue les corporations sans garanties ; on a fait ou on fait des lois sur les accidens du travail, sur le régime des manufactures, sur les délégués mineurs. On prépare une loi sur les retraites, sans oublier les caisses de secours ; mais il est bien clair