Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/673

Cette page n’a pas encore été corrigée


accueilli du public, grâce à l’ignorance complète où l’on était alors au sujet de Rembrandt. Mais après les recherches et les découvertes faites dans les archives, après les études consciencieuses publiées sur le maître dans la patrie même de M. Lautner, ce livre semble un défi à l’opinion. De plus en plus, à notre époque, avec le goût qu’elle suppose, la critique d’art, par la précision qu’il convient d’y apporter, tend à prendre un caractère scientifique. Naguère encore, quand ni la biographie du maître, ni ses œuvres n’étaient connues, il était facile de s’y faire un nom. C’était le temps des appréciations vagues et de ces vues d’ensemble qu’un petit nombre de documens plus ou moins sûrs et de tableaux plus ou moins authentiques suffisaient à justifier. Avec le flot toujours montant des publications relatives à l’histoire de l’art, la critique est devenue plus exigeante et sa tâche plus difficile. Elle suppose une longue préparation, des lectures étendues, des voyages fréquens pour étudier les œuvres dispersées dans les musées ou les collections particulières, des notes détaillées, prises méthodiquement en face de chacune d’elles, avec des indications exactes sur sa technique, sa valeur propre, sur la place qu’elle tient dans les productions de l’auteur et l’intérêt particulier qu’elle peut offrir. Veut-on pénétrer plus avant dans l’étude d’un maître, il convient de rechercher ce que les lieux où il a vécu, ce que la littérature, l’histoire, l’art et les mœurs de son pays et de son temps peuvent nous apprendre sur son caractère, sur son talent, sur son originalité, sur l’influence qu’ont eue sur lui ses devanciers, sur celle qu’à son tour il a exercée sur ses élèves ou ses successeurs. Des relations nouées et suivies avec les directeurs des musées, avec les critiques occupés d’études analogues, avec les érudits qui explorent les archives locales ne sont pas moins nécessaires, et comme les livres ou les documens qu’il importe de connaître sont le plus souvent écrits dans des langues étrangères, il est également utile de comprendre ces langues afin de pouvoir se tenir au courant de toutes les publications sérieuses sur le sujet auquel on s’intéresse.

De toutes ces informations éparses, de toutes ces notes recueillies, il s’agit ensuite de reconstituer un ensemble, en tenant compte des proportions des choses, des concordances que peuvent offrir les détails biographiques et les œuvres, des conséquences qui en découlent, des lacunes que présentent ces documens et des problèmes spéciaux sur lesquels doit plus particulièrement se porter l’attention. Ce n’est qu’à la suite de ces travaux préparatoires qu’on peut espérer soi-même, en étudiant de plus près les textes et les œuvres, éclairer quelques-uns des points restés douteux ou obscurs. Au lieu de se proposer de parti-pris une thèse