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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/666

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transporter dans la politique quelque chose de la largeur, de la force et de la liberté d’allures que Rembrandt a mises dans son art. »

Cette fois la thèse est claire et les idées ont une suite naturelle ; bien aveugle qui ne la verrait pas. Aussi conçoit-on sans peine que M. de Bismarck prise fort cette façon de comprendre la critique d’art. Voilà un genre de littérature qui, entre les mains d’un homme intelligent, n’est point aussi creux qu’il pourrait sembler, et dont à l’occasion on peut tirer parti. Malheureusement, en ce qui touche le prince et les siens, les événemens que l’on sait sont venus, à courte échéance, démentir les prophéties de l’auteur. Mais la suite de cette affaire pourrait être reprise avec d’autres, et pour plus de sûreté, exprimant sur le mode bucolique les espérances de l’avenir, M. Langbehn conseille à ce caporal schlagueur, contre lequel il articulait, quelques pages avant, tant de griefs, u de ne pas encore déposer son bâton, mais de l’enguirlander avec les lauriers de l’art et de la paix. » On ne saurait dire mieux, ni en termes plus galans.


III

Le plus gros de l’émotion causée par Rembrandt als Erzieher commençait à se calmer, quand un autre livre sur Rembrandt est venu renouveler, plus bruyamment encore, le tapage fait autour de son nom. Qui est Rembrandt [1] ? Telle est la question que se pose M. Max Lautner et à laquelle il croit sans doute avoir répondu d’une manière triomphante, car au-dessous de cette interrogation, il ajoute fièrement, en sous-titre : Fondemens pour une nouvelle histoire de l’art hollandais. Suivant M. Lautner, tout le monde jusqu’ici s’est trompé sur Rembrandt, sur son talent comme sur son caractère. Au moral, c’était un drôle, et comme artiste un peintre des plus médiocres. Non que M. Lautner refuse son admiration aux chefs-d’œuvre qu’on admire sous le nom de Rembrandt ; ce sont, en effet, des chefs-d’œuvre, mais il n’en est pas l’auteur ; il a indignement exploité ses élèves, l’un d’eux surtout, Ferdinand Bol. C’est Bol qui a peint la Leçon d’anatomie, la Ronde de nuit, les Syndics et bien d’autres tableaux qui portent la signature de Rembrandt, que des faussaires y ont malhonnêtement apposée, au siècle dernier. M. Lautner a découvert la fraude ; il sait bien qu’en la dévoilant, il va froisser toutes les idées reçues. Quoi qu’il lui en coûte, il doit le faire ;

  1. Wer ist Rembrandt ? Grundlagen zu einem Neubau der hollaendisclien Kunst-Geschichte, par Max Lautner ; Breslau, 1891.