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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/665

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qu’à sa tête, et personne plus que Rembrandt n’a agi ainsi ; en ce sens, il doit être considéré « comme le plus Allemand des peintres allemands, et même de tous les artistes allemands. » Peut-être objecterez-vous, comme n’ont pas manqué de le faire mes amis hollandais, qu’en réalité Rembrandt était lui-même Hollandais ; qu’à l’époque où il a vécu, alors que l’Allemagne et surtout la Prusse n’existaient guère, la Hollande était grande par sa puissance, sa richesse, sa civilisation, ses artistes, ses hommes d’État, ses héroïques marins et ses généraux. L’auteur le sait comme vous. « Rembrandt était Hollandais de naissance, » il le confesse. Mais ce n’est pas la première fois qu’une pareille anomalie se présente et « il n’y a là, — je continue à citer, — que la constatation remarquable du caractère excentrique des Allemands. Leur artiste le plus national ne leur a appartenu que par l’esprit et non par la politique ; comme si l’esprit du peuple allemand avait, pour ainsi dire, débordé en dehors du corps allemand. Mais il ne doit plus en être ainsi ; pour le peuple tout entier comme pour les particuliers, esprit et corps doivent désormais être réunis. » Et plus loin, M. Langbehn rappelle, avec un touchant à-propos, les relations anciennes entre la Hollande et la Prusse, les alliances entre la maison d’Orange et celle de Brandebourg. Le nom de Potsdam le comble de joie pour les analogies qu’il lui trouve avec ceux d’Amsterdam, d’Edam et de Schiedam ; il s’attendrit sur les substantifs pareils qu’il rencontre dans les deux langues. Quelle douceur ce serait d’associer « la vieille gloire de la Hollande avec la gloire plus récente de l’Allemagne ; » devoir les paysans de la mer confondus avec les paysans de terre ferme ; d’allier le libéralisme néerlandais au conservantisme prussien ! En cherchant bien, il trouve ainsi une foule de traits communs ou d’affectueuses antithèses entre les deux peuples ; car là où paraît l’intérêt des Allemands, le sentiment, qui ne peut rien gâter, se met volontiers de la partie. La future a une bonne dot et des colonies ; elle a donc toutes les grâces du monde ; et alors commence l’épithalame où sont célébrées toutes ses vertus. En attendant que la question des droits se présente, et elle se présentera en son temps, — on l’a bien vu pour le Slesvig, — il faut s’appliquer à bien connaître ce cher pays. Quand le moment sera propice, l’intermédiaire pour le contrat à intervenir est déjà tout désigné ; c’est là évidemment un honneur réservé à Herbert de Bismarck. Déjà plus d’une fois, et ce n’est pas sans raison, il a été chargé de missions en Hollande, par son père dont il sera le continuateur [1]. Comme lui, « il saura

  1. Le livre de M. Langbehn avait paru avant la disgrâce du prince de Bismarck.