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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/564

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C’est impossible, rien de plus clair. De deux choses l’une : Les républiques sacrifieraient quelques attributs de la souveraineté pour entrer dans un système fédératif analogue au Dominion canadien, — voilà le premier terme de l’alternative. Ou bien les colonies se transformeraient en États indépendans, il n’y a pas de milieu.

Amener les républiques à un pacte d’intime alliance avec les colonies, les y contraindre au besoin, arborer sur cette confédération le drapeau de l’Angleterre, ce fut, il y a plus de quinze ans, l’idée de lord Beaconsfield. On n’a pas oublié les fruits de la malheureuse tentative à laquelle sir Bartle Frère eut alors l’infortune d’attacher son nom : l’annexion du Transvaal en 1877, le soulèvement de cette contrée, les succès militaires de l’insurrection, la paix conclue par M. Gladstone, peu flatteuse pour l’amour-propre britannique, quoique nullement déshonorante pour une puissance de taille à ne pas s’humilier en renonçant au plaisir d’une revanche facile. Ce qu’on sait moins, c’est que les boers du Cap et de l’État libre témoignaient une vive sympathie à leurs cousins du nord. Attenter aux droits des républiques, l’afrikandérisme n’y songe pas. Leurs libertés lui paraissent le meilleur gage des franchises coloniales.

Quant à répudier la protection des flottes anglaises sur un littoral très vulnérable, ce serait bien imprudent. La Natalie n’est qu’une grande réserve d’indigènes administrée par des blancs, et ceux-ci ne désirent pas se détacher de l’empire. Le Cap ne tient plus à la Grande-Bretagne que par un dernier fil ; mais avant de le couper, il y regarderait à deux fois. Son allégeance ne le gêne plus ; elle le couvre, et il faudrait de grosses fautes pour l’en dégoûter sans retour. Son rivage pourrait tenter quelqu’un qui ferait regretter l’Angleterre. L’heure des ruptures n’a pas sonné à l’horloge de Cape-Town, l’ancienne Kaapstad ; elle sonnerait auparavant à celle de Londres.

En somme, la question est plus difficile qu’au Canada, où il y avait deux races à faire vivre d’accord, mais pas d’états indépendans.

C’est donc un but final, et non prochain, que l’afrikandérisme indique. Il le reconnaît d’ailleurs par l’article 3 de son programme.

Une fois ajourné le choix du futur pavillon, que restait-il à taire ? Tout, et deux choses principales.

La première, on l’a déjà pressentie : éteindre l’antagonisme des deux races européennes qui se partagent la domination. Pour travailler à ce rapprochement, il fallait répandre l’idée d’une étroite communauté d’intérêts en politique, dans le commerce, l’industrie et l’agriculture, développer un sentiment de tolérance et d’estime