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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/541

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communication l’Allemagne et l’Italie avec les royaumes du Nord. Elle recevait les laines de l’Angleterre et les distribuait aux fabriques des Flandres dont l’industrie ne tarda pas à inonder de ses produits toute l’Europe. Le Rhin et la Meuse étaient pour les Pays-Bas « le chemin qui marche, » comme le Tigre et l’Euphrate le furent pour la Chaldée.

On donnait jadis le nom de Flandres à tout le pays compris entre le Bas-Escaut, la Mer du Nord, l’Artois, le Hainaut et le Brabant. Quant à la Hollande et à la Zélande, elles avaient été jadis unies à la Frise. Le tout composait un vaste marais entrecoupé de lacs, de petites îles et de forêts vierges. En l’année 1170, les tempêtes ouvrirent une première brèche dans le cordon littoral. Dunes et digues cédèrent peu à peu sous la pression de l’océan germanique. De l’année 1170 à l’année 1287, les brèches ne cessèrent de se multiplier et de s’élargir. Des inondations formidables joignirent le lac Flevo à la Mer d’Allemagne et engloutirent des centaines de villages frisons. Là où se dressaient autrefois les clochers, où paissaient les troupeaux, où fumaient les toits des villages, s’étendit la large nappe d’eau de la Mer du Sud, le Zuyderzée. La Hollande septentrionale fut ainsi séparée de la Frise, de la Drenthe, de l’Overyssel, de la Gueldre. Le Zuyderzée couvrit un espace de 220 kilomètres du nord-est au sud-ouest, de 75 kilomètres de l’est à l’ouest. Plus au nord, une catastrophe semblable créait, à l’embouchure de l’Ems, le golfe du Dollard, refoulant vers le sud les frontières de la province de Groningue et marquant, s’il est permis de s’exprimer ainsi, d’un trait mieux accusé la limite où finissaient les Pays-Bas, où commençait l’Allemagne.

L’histoire romaine nous a rendu familiers les noms de Belges et de Bataves. Les Belges prolongeaient l’influence de la race celtique jusqu’à la Meuse et jusqu’à l’Escaut ; l’île de Batavie, — Bet-Auw, la bonne prairie, — serrée entre les deux bras du Rhin, avait vu, au contraire, les Celtes reculer devant les migrations successives des Germains. Il n’a fallu que quelques mots à César pour consacrer ce partage historique. « On appelle Germains, écrit-il, les peuples qui habitent au-delà du Rhin. » Les fleuves, les déserts, les chaînes de montagnes ont de tout temps établi entre les nations voisines des lignes de démarcation qui n’ont pas sans raison reçu l’appellation de frontières naturelles. Ces limites logiques, le système féodal prit à tâche de les méconnaître : il bouleversa tout. Les mariages des princes intervinrent dans l’agglomération des États et vinrent plus d’une fois confondre sous le même sceptre les races les plus diverses par leur origine, les plus séparées par la constitution des lieux. C’est ainsi que le Rhin, que la Meuse, que l’Escaut, traversèrent des provinces et ne les bornèrent plus.