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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/535

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Au navire nolisé il fallait maintenant fournir un équipage. L’enrôlement volontaire constituait, à cette époque, le moyen de recrutement le plus usité. Certaines places de commerce, telles qu’Arnemuiden par exemple, étaient des entrepôts d’hommes où on pouvait en toute saison venir largement puiser. Au prix de 3 florins — 6 fr. 75 — par mois, on était à peu près certain de réunir en quelques jours un nombre suffisant de matelots. En y comprenant les soldats, le chiffre habituel des équipages ne dépassait guère un homme par deux tonneaux de jauge.

Le prix de la ration au XVIe siècle était peu élevé ; autrement dit, il était en rapport avec la valeur de l’argent. Bien qu’il eût à peu près doublé depuis dix ans, il atteignait à peine en 1557 le chiffre de 4 stuivers — 44 ou 45 centimes par jour. Les vivres se composaient de viande fraîche et de viande salée, de lard, de poisson sec, de fromage, de pois verts, de fayols, de moutarde, de pain frais et, vers l’année 1523, de biscuit. Le biscuit de mer, inconnu au XVe siècle, semble avoir été, en 1523, d’invention tout à fait récente.

La bière était la boisson ordinaire. En 1477, elle coûtait 23 stuivers — 52 centimes — le baril. A la même époque on pouvait avoir une livre de lard pour 2 centimes et demi ; une vache grasse pour 15 ou 16 francs. En 1523, la viande de bœuf se payait en moyenne 6 centimes la livre.

Le prince, jusqu’aux dernières années du XVe siècle, s’était chargé de l’achat et de la distribution des vivres. Sous le règne de Charles-Quint, on reconnut qu’il y aurait économie notable à confier aux commandans des vaisseaux le soin de nourrir leurs équipages. Une indemnité fixée une fois pour toutes par tête d’homme embarqué leur fut en conséquence allouée. La simplicité du système en assura la durée. Sous le règne du souverain imposé aux Hollandais par la politique de l’empereur Napoléon, l’adoption des institutions françaises entraîna le retour à l’achat des vivres par l’Etat. Ce régime, auquel Charles-Quint avait cru devoir renoncer, est aujourd’hui le régime en vigueur dans toutes les marines. Il date chez nous de l’administration de Colbert.

Toute notre civilisation est faite de traditions. Il n’y a que la révolution française qui ait eu la prétention de gouverner les hommes d’après la pure logique. Les ordonnances promulguées par Charles-Quint pour assurer le maintien de la discipline à bord des vaisseaux différaient peu des dispositions mises à l’ordre du jour par le roi Richard Cœur-de-Lion, quand il s’embarqua pour se rendre