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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/51

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expédition en Egypte. Nulle nécessité ne lui faisait donc une obligation d’autoriser son ambassadeur à remettre au cabinet français la note du 6 janvier, et en consentant à donner, de concert avec nous, un témoignage de sympathie au khédive, rien ne lui commandait impérieusement de prendre l’engagement de lui garantir l’entière possession de son pouvoir. Quoi qu’il en soit, notre ambassadeur ne doutait plus qu’on n’eût à Londres de nouveaux desseins, et Gambetta, voulant dégager de toutes ces contradictions la véritable pensée du gouvernement britannique, écrivait à M. Challemel-Lacour le 23 janvier : « Il est visible que la situation au Caire devient pressante, et que le moment approche où il faudra aviser… Vous aurez à savoir si l’idée de faire agir la France et l’Angleterre, par délégation des grandes puissances, préoccupe le cabinet anglais, et en général à lui demander ses vues sur le conflit qui menace de passer à l’état aigu entre le khédive et la chambre des notables… » L’ambassadeur lui répondait le lendemain : « Je viens d’avoir une conversation avec lord Granville. Il m’a exprimé le désir de voir, avant de me répondre, M. Gladstone qui arrive aujourd’hui. Je crains que lord Granville ne soit préoccupé à l’excès d’éviter l’apparence d’une immixtion exclusive de la France et de l’Angleterre en Egypte, et qu’il n’incline à accepter ou même à provoquer l’intervention de quelque autre puissance qui se chargerait de proposer je ne sais quel arrangement. » Lord Granville attendait, en somme, l’issue du débat ouvert devant la chambre sur la révision. Ce débat se terminait en effet trois jours après, le 27, par la défaite du « grand ministère, » qui était entrée dans ses calculs et ne pouvait manquer d’exercer une influence décisive sur ses dispositions personnelles comme sur l’attitude du cabinet anglais. Renonçant à faire dépendre sa politique de celle d’un gouvernement qu’elle ne jugeait plus ni assez autorisé, ni suffisamment indépendant, l’Angleterre opéra donc sa conversion, et M. de Freycinet, succédant à Gambetta, lui rendit sa liberté en reprenant celle de la France. Il eut, le 3 février, un entretien avec lord Lyons, il en fit part à M. Challemel-Lacour dans une dépêche qu’il résumait en ces termes : « 1° Nous réservions (de part et d’autre) notre adhésion à toute action effective ultérieure ; 2° nous répugnions à l’emploi des moyens coercitifs ; 3° nous étions contraires à l’envoi de troupes turques en Egypte. Nous nous sommes séparés sur cette constatation, en nous félicitant mutuellement de la communauté de vues qui existait entre nous. » On comprend la satisfaction de l’ambassadeur d’Angleterre, on conçoit moins celle de M. de Freycinet.