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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/481

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vivait assez paisiblement sous le règne d’un empereur philosophe, a été transformé en république. Il a commencé par passer plus d’une année sous une dictature révolutionnaire. Puis on s’est cru obligé de lui donner une sorte d’organisation, une constitution modelée sur celle des États-Unis, des assemblées, un président, qui a été naturellement le chef même de la révolution, le général Deodoro da Fonseca. Il y a quelques mois tout au plus que cette république brésilienne est censée être entrée dans un régime régulier, et on en est déjà, à Rio-de-Janeiro, aux conflits entre le président et le parlement, à un nouveau coup d’état. Le général Deodoro da Fonseca s’est cru ni plus ni moins autorisé à prononcer, par un acte d’omnipotence, la dissolution du congrès, à disperser les députés et à rétablir provisoirement la dictature. Il a promis, bien entendu, de faire appel au pays, de réunir une autre assemblée, de respecter les garanties constitutionnelles ; en attendant, il reste le dictateur de cette étrange république. C’est le 5 de ce mois que le général Deodoro da Fonseca a exécuté son coup d’état, sans qu’il y ait eu dans le premier moment une tentative de résistance. Ce n’est peut-être, il est vrai, qu’un commencement, une phase nouvelle dans la révolution brésilienne.

Comment ce conflit qui vient de se dénouer provisoirement par la dictature militaire à Rio-de-Janeiro s’est-il produit ? En réalité, il était dans la logique des choses, dans la situation tout entière ; il se préparait depuis quelques mois déjà, les circonstances n’ont fait que le précipiter. Il est certain que le congrès, sans être précisément hostile au président qu’il avait élu, s’efforçait depuis quelque temps de le contenir, de refréner ses impatiences d’autorité, et ne laissait pas de lui témoigner ses méfiances, de manifester des velléités d’opposition. Le congrès n’a point hésité à repousser des mesures financières fort aventureuses que lui présentait le ministère présidentiel. De son côté, le président a opposé un veto irrité à des mesures votées par le congrès. Une loi récente sur le cumul des fonctions législatives et administratives a mis les pouvoirs aux prises. Tout dernièrement enfin est survenue une proposition assez menaçante étendant singulièrement et régularisant le droit de mettre en accusation le chef de l’Etat et les ministres. Évidemment on ne s’entendait plus. Le conflit était partout ; mais ce qu’il y avait de plus grave, c’était une situation générale poussée à bout depuis deux ans. C’était un mécontentement universel causé par les gaspillages financiers et les perturbations économiques, par les imprudentes émissions de titres, par les excès de spéculation, par la corruption effrénée du monde officiel. Ce mécontentement, on le voyait grandir, éclater sous toutes les formes, jusque dans le congrès. De quelque façon qu’elle vînt, la crise était inévitable. C’est alors que soit spontanément, soit sous la pression de son entourage, le général