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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/432

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conduites par leurs officiers, elles rentraient en ligne. Vainement, vers la fin de la journée, Canto massant ses bataillons en colonne les lança sur le centre de Balmaceda. Le centre se rompit sous le choc et fut enfoncé, mais le fort Callao, ouvrant tous ses feux à bonne portée, brisa l’élan des congressistes, arrêtés par une muraille de projectiles. La nuit tombait ; de part et d’autre on dut camper sur les positions que l’on occupait.

Les deux armées étaient épuisées, toutes deux pouvaient s’attribuer l’avantage. Canto avait gagné du terrain, mais l’armée balmacédiste gardait ses lignes, les défenses de Valparaiso étaient intactes, le village de Viña-del-Mar, objectif de Canto, restait aux mains de ses adversaires. En revanche, les chefs balmacédistes n’avaient pas réussi à rejeter Canto sur l’Aconcagua et à l’isoler de sa flotte. Il tenait bon sur le terrain, et n’eût été le formidable obstacle du fort Callao, il eût refoulé ses adversaires dans Valparaiso où vainqueurs et vaincus seraient entrés pêle-mêle. Ce qu’il n’avait pu faire de haute lutte, il Fallait tenter par un mouvement tournant.

Ni l’une ni l’autre des deux armées n’était en état de reprendre l’offensive dès le lendemain. Il fallait du temps à Balmaceda et à ses généraux pour raffermir le moral ébranlé de leurs troupes et leur donner un repos nécessaire. Il en fallait à Canto pour réparer les vides- faits dans ses rangs et modifier ses plans d’attaque. Convaincu de l’impossibilité d’emporter Valparaiso par le nord, il résolut de l’aborder par les hauteurs en arrière de la ville ; s’il parvenait à les couronner d’artillerie, il tiendrait le port à merci. Mais l’opération offrait de sérieux dangers. Ce mouvement tournant l’éloignait de sa base d’opérations, de sa flotte, sa ressource suprême en cas d’échec. Balmaceda soupçonnait son projet et manœuvrait de manière à couper ses communications avec cette dernière. Toute la journée du 25 août, celles du 26 et du 27, se passèrent en escarmouches destinées à masquer les évolutions respectives, en chocs courts et sanglans pour asseoir les positions. A plusieurs reprises ces chocs furent sur le point d’amener un engagement général, mais chaque fois ce fut Canto qui se déroba.

Il avait de bonnes raisons pour agir ainsi. Ses succès avaient enhardi les ennemis de Balmaceda ; ils affluaient à son camp et renforçaient son armée, très éprouvée par les combats du 22 et du 23. Il savait en outre que la discorde régnait au camp ennemi, que les généraux Barboza et Alzerreca se rejetaient la responsabilité de l’échec de l’Aconcagua et se disputaient le commandement de l’armée. Le conflit entre eux avait pris un caractère aigu et