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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/407

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La question qui n’a pas été résolue, qui est encore pendante, c’est la question de l’évacuation. Elle l’est en principe, le gouvernement anglais ne l’a jamais contesté ; mais quand le sera-t-elle en fait ? C’est le secret du cabinet de Londres, et il n’a permis à personne de le pénétrer. Le point de droit n’est pas douteux : nous avons rappelé les déclarations des ministres de la reine, celles de M. Gladstone si solennellement formulées ; mais l’Angleterre, en outre, a signé, à Constantinople, le protocole de désintéressement par lequel elle s’est obligée, réciproquement avec les autres puissances, à ne tirer aucun avantage particulier de son intervention en cette affaire. Sous l’empire de cette stipulation contractuelle, elle s’est spontanément empressée, après la victoire de ses troupes, de déclarer aux puissances, par sa circulaire du 3 janvier 1883, que « le gouvernement de Sa Majesté était désireux de rappeler son armée aussitôt que l’état du pays et l’organisation de ses propres moyens pour maintenir l’autorité du khédive le permettraient. » Ce document cependant ne fixait aucun terme. Cette lacune fut comblée dans les pourparlers ouverts, au printemps de 4884, entre M. Waddington et lord Granville. Comme on l’a vu, en retour des assurances données par la France, « et afin d’écarter toute espèce de doute à l’endroit de sa politique dans cette affaire, » le gouvernement de la reine s’est engagé à retirer ses troupes au commencement de l’année 1888. La promesse est formelle ; elle est bilatérale ; elle ne peut être déniée. A la vérité, cette mesure demeurait subordonnée à la condition « que les puissances seront alors d’avis que l’évacuation peut se faire sans compromettre la paix et l’ordre en Egypte. » Mais, par cette réserve même, l’Angleterre ne reconnaissait pas seulement son devoir d’évacuer le pays, elle admettait également qu’à dater de cette époque elle n’avait plus qualité pour décider, seule, de l’occupation, et que le départ de son armée relèverait de l’accord des autres puissances. Au ministère whig, qui a engagé de la sorte la parole de la Grande-Bretagne, a succédé un ministère tory, et aucun des membres de l’un ou l’autre cabinet n’a tenté d’équivoquer sur la nature ou la portée des obligations contractées. L’année 1888 s’est écoulée cependant sans qu’elles aient été remplies. Hâtons-nous de dire que les circonstances n’ont pas permis au gouvernement anglais de s’y conformer dans les délais convenus. Après s’être emparé de Khartoum, le mahdi a menacé l’Egypte ; son successeur et leurs adhérens ont continué la lutte qu’il avait engagée ; il a fallu les combattre sur le haut Nil et sur les bords de la Mer-Rouge. Le moment de laisser l’Egypte pourvoir à sa défense « avec ses propres moyens » se trouva ainsi retardé.