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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/377

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derniers jours de mai, et, dès ce moment, on voit les choses changer singulièrement d’aspect. Aussi M. de Freycinet, interpellé une troisième fois dans la séance du 1er juin, tient-il un langage inattendu, mais que les circonstances commandaient impérieusement. Il ne revendique plus, pour la France et l’Angleterre, le droit reconnu, proclamé par les autres puissances, de pacifier l’Egypte en prenant, d’un commun accord, les mesures qu’on jugerait les plus efficaces à Paris et à Londres ; il envisage la situation nouvelle sans revenir sur les faits antérieurs ; il raisonne de la prochaine réunion de la conférence comme d’une solution à laquelle la France avait tout avantage à se rallier, parce qu’elle était éminemment propre à dénouer toutes les difficultés en conciliant tous les intérêts. « Nous allons, ajouta-t-il, dans le concert européen pour trancher la question collectivement ; nous acceptons, dès lors, notre part dans les charges, les responsabilités et les moyens d’action qui pourront en sortir. » On ne pouvait mieux définir le rôle nouveau qui nous était imposé par la prudence autant que par nos irrésolutions. Il s’éleva contre la prétention de faire peser sur la France le devoir de résoudre isolément l’affaire égyptienne. Cette politique avait-elle des représentans à la chambre ? Nous ne saurions le dire, aucun orateur n’en ayant pris à la tribune ni l’initiative ni la défense. Il ne pouvait faire allusion à celle de son prédécesseur, qui n’avait jamais eu la pensée d’intervenir en Egypte en se séparant de l’Angleterre. N’était-ce qu’un moyen oratoire, un procédé de discussion ? Il était bien à sa place devant une assemblée incurablement hostile à toute entreprise armée, comme le président du conseil devait en faire lui-même l’expérience peu de semaines après.

Nous avons dit comment la proposition tendant à assurer la libre navigation du canal de Suez avait été conçue et délibérée entre Paris et Londres, comment, le 19 juillet, elle avait été introduite devant la conférence. A qui devait être confiée l’exécution des mesures qui pouvaient être ordonnées par les plénipotentiaires ? Évidemment aux deux puissances occidentales, pensait-on à Londres et à Paris. Comme lord Granville, M. de Freycinet n’en doutait pas ; il s’était expliqué dans ce sens devant la chambre, et, dans cette conviction, il jugea opportun de pressentir, sans plus tarder, les véritables dispositions de l’assemblée. A cet effet, le ministre de la marine déposa, le 8 juillet, un projet de loi portant ouverture d’un crédit de 8 millions, « destiné, à faire face aux dépenses nécessitées par les événemens d’Egypte. » Ne faisant aucune mention du canal, l’exposé des motifs établissait que la dépense avait pour objet l’entretien d’une escadre et l’exécution de travaux de réparation à faire à un certain nombre de navires. Ce projet de loi vint en