Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/368

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le khédive et Dervish-Pacha firent une apparition à Alexandrie ; « ils y furent respectueusement, mais froidement accueillis, » pendant que les Européens cherchaient leur salut en s’embarquant en foule sur des navires nolisés en toute hâte par leurs consuls respectifs [1].


VII

Au premier avis de la sanglante journée du 11, M. de Freycinet interpella le cabinet de Londres. « Le gouvernement anglais est absolument résolu, pour le moment, à ne prendre aucune mesure, » lui répondit notre ambassadeur dès le 12 juin. Mais en décidant de s’abstenir en Egypte, le cabinet de la reine se déterminait au contraire à ne plus rien négliger pour solidariser le concours de toutes les puissances et inaugurer le concert européen. Lord Granville prit prétexte des événemens d’Alexandrie pour presser la réunion de la conférence, et il insista auprès de M. de Freycinet pour que, de Paris et de Londres, on adressât aux deux ambassadeurs, à Constantinople, en les communiquant simultanément aux autres puissances, les instructions dont il était urgent de les munir. Il prit même le parti d’expédier celles qui étaient destinées aux représentai de l’Angleterre, sans attendre l’assentiment de notre ministre des affaires étrangères ; il y ajouta, ce qui empruntait aux circonstances antérieures une gravité particulière, une note contenant la proposition d’employer les troupes turques au rétablissement de l’ordre en Egypte ; et cela encore sans consulter le cabinet français, évitant ainsi de se mettre préalablement d’accord avec lui sur une ouverture de si haute importance et à laquelle il le savait absolument opposé. Il se borna à l’instruire des résolutions prises à Londres et de la prompte exécution dont elles avaient été suivies.

Cet incident inattendu, et auquel rien ne l’avait préparé, jeta le cabinet français dans une extrême anxiété. M. de Freycinet avait eu l’occasion de s’expliquer sur le recours à l’armée du sultan, et il n’avait pas déguisé la répugnance que cet expédient lui inspirait. Il jugea prudent toutefois de ne pas y mettre obstacle « pour ne pas se séparer du cabinet anglais, » comme il l’écrivit lui-même ; il adressa donc à nos représentons, après délibération du conseil des ministres, des instructions analogues à celles que lord Granville avait expédiées à ceux de la reine. Il n’y avait eu, cette fois, ni examen, ni entente ; l’Angleterre avait entraîné la France.

  1. « L’émigration des Européens continue. Il ne reste plus, au consulat anglais, que deux commis qui enregistrent les noms des Anglais qui désirent rester en Egypte. » (Dépêche du 28 juin.)