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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/327

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mal à tous les points de vue. L’abbé entreprit de raffermir la foi de la jeune fille en lui communiquant ses cahiers de théologie ; mais les cahiers étaient sans doute mal rédigés, car il ne réussit, au contraire, qu’à l’ébranler davantage. « Le bon abbé, dit-elle, ignora toujours les résultats de sa théologie. Je me gardai bien de l’en instruire, il en aurait été trop malheureux. L’envie de croire ne me manquait pas pourtant. J’étais certainement, au fond, de nature religieuse, puisque j’eus plus tard des rechutes de mysticisme. Quant à la foi proprement dite, elle m’était à tout jamais devenue impossible. » « J’étais au fond de nature religieuse : » paroles dont il faut nous souvenir, car elles sont chez elle l’explication de bien des contradictions. Mais, pour le moment, les problèmes philosophiques qui devaient plus tard la troubler si fort ne la préoccupaient guère : elle était toute à la poésie. Elle ne se contentait pas de dévorer Shakspeare, Byron, Goethe, Schiller : elle rimait pour son propre compte, aux encouragemens de sa maîtresse de pension, qui avait mis sa classe entière au régime de l’alexandrin, et de son professeur, qui montrait ses vers à Victor Hugo. J’ai tenu entre mes mains un petit album où ont été recueillis par elle-même quelques-uns de ses chefs-d’œuvre de pensionnaire. L’inspiration en est généralement assez banale. La Mort d’une jeune fille, A ma mère, les Adieux d’une religieuse à la France, Adieux de Jeanne d’Arc à son pays, tels sont les titres des morceaux les plus importans. Il y en a deux, cependant, qui sont intéressans. L’un fut sans doute écrit par elle pendant une rechute de mysticisme, car il a pour titre : Une autre vie. Bien que la facture en soit assez faible, je citerai cependant ces trois strophes :

Triste enfant du néant que réclame la tombe,
L’homme en mourant rêve à de plus beaux jours.
Mais c’est en vain ; semblable à cette fleur qui tombe,
Il périt pour toujours !
Dans son orgueil ainsi parle l’impie,
Du flambeau de la foi repoussant la clarté.
Avec un rire amer il nie une autre vie,
Au seuil de l’éternité.
Mais moi que le Seigneur a couvert de son aile,
Dès mes plus jeunes ans, j’ai suivi ses chemins.
Il regarda d’en haut ma piété fidèle,
Et prit mon âme dans ses mains.

L’autre pièce, au contraire, écrite quand l’auteur avait dix-sept ans, et intitulée l’Homme, est une longue diatribe contre l’existence