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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/315

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de même de ses troupes de première ligne, qui se trouveront le plus souvent sur des routes protégées par des avant-gardes dont la mission propre est d’attirer ou de maintenir l’ennemi. Pendant que l’ensemble du gros des colonnes attaque partout et cherche à forcer l’ennemi à engager ses réserves, la masse de combat guette l’endroit décisif afin de s’y porter. Il y a là, en avant et en arrière de la ligne de bataille, une double escrime qu’il est absolument nécessaire de figurer pour marquer le combat et qui, le plus souvent, n’a pas été figurée. A observer encore que la précipitation avec laquelle se poursuivait le combat d’infanterie n’a point permis d’étudier suffisamment l’emploi des feux.

L’emploi de la cavalerie aux manœuvres de l’Est appelle malheureusement des critiques d’une autre sévérité. Il faut avoir le courage de dire les choses telles qu’elles sont : la cavalerie a été aux manœuvres comme si elle n’existait pas ; elle n’a pas cessé d’être conduite comme si elle avait été de l’infanterie montée, selon l’expression anglaise, et un critique autorisé a pu écrire, paraphrasant le mot fameux : « La cavalerie sera indépendante ou inutile, » que la cavalerie avait été aux manœuvres « indépendante et inutile à la fois. »

La cavalerie est-elle en elle-même inférieure à nos autres armes ? Porter sur elle un pareil jugement serait commettre une véritable injustice. Prise en elle-même, la cavalerie est excellente, elle possède des règlemens admirables, et ses officiers (la plupart de ses colonels, presque tous ses généraux de brigade) ne le cèdent à personne pour le dévouement, l’activité physique et l’intelligence. Non-seulement elle a été préparée à la guerre avec autant de souci et d’ardeur que toutes les autres armes, mais elle a encore, au plus haut degré, le sentiment exact et la connaissance raisonnée de sa mission. Elle a l’intelligence, elle a le cœur, elle a la force, et il n’est rien, — témoin les manœuvres de Châlons, cette année même, — qu’on ne puisse lui demander. Seulement, hélas ! s’il est vrai qu’il n’est rien qu’on ne puisse lui demander, il n’est pas moins vrai qu’on ne lui a rien demandé d’un bout à l’autre des manœuvres de l’Est, et cela malgré les instructions précises et formelles de l’ordre préparatoire de ces manœuvres.

La reconnaissance est la première partie, et peut-être la plus-essentielle, de la mission propre de la cavalerie. Et, sans doute, le peu de distance qui a constamment séparé les deux armées ne permettait guère de faire en grand le service d’exploration : l’heure et le lieu exacts des rencontres étaient partout prévus, et il eût fallu plus d’initiative officielle aux chefs des cavaleries opposées pour leur permettre, même dans ces circonstances défavorables, d’élargir comme il eût fallu leurs sphères d’action. Mais quoi ! même dans l’arène restreinte qui leur était laissée, les cavaleries opposées