Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/304

Cette page n’a pas encore été corrigée


par les uns et par les autres, que trop de batailles « parallèles » [1] aient été engagées et livrées, cela est hors de doute ; le mot de Napoléon reste cependant éternellement vrai : « La question, à la guerre, n’est point de ne pas commettre de fautes ; on en commet toujours : l’important est d’en commettre moins que l’ennemi. » Que certains états-majors, à qui la tradition fait défaut, manquent encore de méthode et de calme ; qu’ils aient nerveusement abusé du télégraphe ; que, d’autre part, les états-majors latéraux soient encombrans et trop nombreux, il est difficile de le contester. Mais, tout cela reconnu, après avoir fait à la critique la plus justement sévère toutes les concessions les plus larges, il n’en demeure pas moins acquis pour tout observateur impartial, — et pour les attachés militaires des grandes ambassades avant tous autres, — que le commandement des armées et des groupes d’armées est désormais assuré en France au même degré que celui des corps d’armée ou celui des divisions. M. de Freycinet l’a proclamé dans son discours de Vandœuvre : il n’a pas trouvé, il ne trouvera pas un contradicteur.

Voici, en effet, le premier point : il n’y a point de formule absolue qui donne la victoire sur le champ de bataille ; mais il y a des règles certaines pour amener à l’heure dite, par cent chemins divers, sur le terrain où doivent s’engager les combats, les masses énormes d’hommes, de chevaux et de canons qui composent les armées modernes, pour les approvisionner sans retard, sans interruption et sans à-coup, de munitions et de vivres ; — et il n’a été manqué, du commencement jusqu’à la fin des manœuvres, à aucune de ces règles. Nous avons parcouru, pendant dix-huit jours, bien des routes, et nous n’y étions pas seul : les attachés militaires des grandes ambassades, les journalistes militaires, français et étrangers, s’y trouvaient près de nous. Eh bien ! pas une fois, deux colonnes ne se sont croisées ou heurtées. Relisez l’histoire de la guerre de 1870 et mesurez le progrès.

Voici maintenant le deuxième point, la considération essentielle qui domine toutes les autres, qui prime toutes les critiques de détail : les troupes n’ont pas été seulement commandées ; à l’exception de la cavalerie, elles se sont senties commandées.

Que les meilleurs soldats du monde perdent 50 pour 100 de leur valeur propre, intrinsèque, quand le commandement n’est point constitué avec une rigoureuse précision, c’est l’évidence même.

  1. La bataille parallèle ne résulte pas du parallélisme des lignes du terrain, mais bien de la disposition symétrique des forces, qui est l’enfance, sinon la négation, de l’art.