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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/25

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puissances et pour donner à la Porte, de concert avec elles, les assurances consignées dans la note collective du 27 juillet. Mais on ne saurait s’étonner qu’en opérant cette conversion elle se soit, en même temps, proposé de renverser la situation respective des cabinets, de diviser les deux puissances occidentales, de rallier les cours de Vienne et de Berlin, et, en désarmant elle-même à Constantinople, de porter un coup décisif à l’influence de la France en Egypte.

Telle était la situation au moment où M. Guizot arrivait à Londres, dans les derniers jours de février. Il devait employer tous ses efforts à retenir l’Angleterre dans l’entente qui, depuis plusieurs années, depuis le traité d’Unkiar-Skelessi notamment, l’unissait à la France, chercher et faire prévaloir une combinaison qui permît aux deux puissances de marcher d’accord dans la question d’Egypte, sans sacrifier cependant, dans une trop grande mesure, les intérêts de Méhémet-Ali ; il devait surtout éviter soigneusement, lui avait-on recommandé, d’entrer dans la voie des conférences et des protocoles. On se persuadait, à Paris, qu’en se dérobant à ces formes diplomatiques, on mettrait un obstacle invincible à toute délibération définitive entre les puissances ; on se reposait dans une vaine sécurité. Au moment où notre nouvel ambassadeur prenait possession de son poste, les cabinets s’étaient expliqués à l’aide de communications isolées et ils s’étaient entendus sans ouvrir des conférences et sans tenir des protocoles. M. Guizot ne fut pas longtemps à s’en convaincre. Il eut, le 4 mars, un long entretien avec lord Palmerston, dans lequel on s’expliqua, de part et d’autre, avec une entière franchise. La discussion porta sur deux ordres d’idées : sur quelles bases convenait-il d’établir une transaction garantissant l’Orient et l’Europe contre de nouvelles perturbations, et, ces bases trouvées, pouvait-il être opportun et sans péril de les imposer par l’emploi de la force ? « Vous voulez, nous voulons comme vous, disait M. Guizot, que l’empire ottoman subsiste et tienne sa place dans l’équilibre européen. Pour vous comme pour nous, c’est à Constantinople qu’est la grande question… Eh bien ! pour que la question de Constantinople soit résolue comme il convient à vous, à nous, à la paix et à l’équilibre européen-, il faut que la question d’Egypte soit résolue pacifiquement, par un arrangement agréé du sultan et du pacha… Que le sultan ou le pacha possède telle ou telle étendue de territoire, cela nous préoccupe peu ; ce qui nous préoccupe beaucoup, c’est que l’Orient ne soit pas livré aux chances d’un grand trouble, qu’on n’y mette pas le feu en y employant la force. Consultez le passé, toute secousse en Orient compromet la sûreté et l’indépendance de Constantinople en y favorisant les progrès de l’influence que, vous et nous,