Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/244

Cette page n’a pas encore été corrigée


L’emprunt avait été d’ailleurs, avant l’émission même, l’objet d’hostilités violentes sur les places de Berlin et de Londres. La spéculation à la baisse, après avoir fait de vains efforts pour entraver la souscription, n’a pas désarmé devant le succès, et les fonds russes ont été assaillis avec un redoublement de vigueur sur les marchés allemands dans la seconde partie du mois.

La plupart des fonds étrangers ont été atteints par les coups que l’on cherchait surtout à porter au crédit de la Russie, et la rente française même n’a pas été épargnée ; le 3 pour 100 a été coté 95.65 au moment de l’émission, mais le syndicat de l’emprunt russe a soutenu la lutte contre les baissiers étrangers, et la victoire est encore indécise au moment où vont commencer les opérations de la liquidation mensuelle. Des acheteurs puissans ont usé du droit que leur donne le règlement de la chambre syndicale, de réclamer des vendeurs à terme la livraison immédiate des titres vendus. Ces escomptes ont produit leur effet, et le 3 pour 100 a été relevé par des rachats forcés jusqu’au-dessus de 96 francs. Le terrain des hostilités s’est dès lors circonscrit autour de ce cours rond, tour à tour perdu et regagné.

Les événemens politiques des deux dernières semaines sont restés sans influence sur l’allure de nos fonds. La Bourse ne s’est occupée ni de l’entrevue de Monza, ni de la visite du roi de Roumanie à l’empereur d’Allemagne, ni des incidens italiens ; la situation de place a seule déterminé les variations de prix. Les levées ou les livraisons de titres en liquidation décideront seules l’issue de la lutte.

La Banque d’Angleterre s’est résolue, le jeudi 29, à élever le taux de l’escompte de 3 à 4 pour 100. Cette mesure était aussi opportune il y a trois semaines ou quinze jours qu’elle a pu l’être hier. Comme on la savait inévitable, on la tenait pour acquise ; lorsqu’elle s’est réalisée, l’impression a été nulle. La Banque anglaise est obligée de défendre son encaisse or dont chaque semaine accentue la décroissance et qui ne s’élève plus qu’à 22,550,000 livres sterling. L’échéance d’octobre est, au surplus, une des plus fortes de l’année. Avec le déficit des récoltes, qui oblige l’Europe à de formidables achats de céréales au dehors, le taux de 4 pour 100 ne tardera sans doute pas à être dépassé.

On a remarqué, à propos des achats quotidiens de rentes par la Caisse de dépôts et consignations, que, depuis le commencement d’octobre, le mouvement de fonds aux caisses d’épargne s’est traduit par un excédent des retraits sur les dépôts. Il se peut que le phénomène soit purement accidentel, causé par la participation de la petite épargne aux deux dernières émissions (obligations du Crédit foncier et emprunt russe) ; si cependant des besoins exceptionnels pour l’hiver qui commence venaient à donner un caractère de permanence aux résultats constatés du 1er au 20 octobre, il conviendrait de prendre