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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/242

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roi, le chemin de Madrid, en s’arrêtant à Burgos où elle a été reçue en princesse justement populaire. Ministres et députés reviennent de toutes parts au centre de la vie espagnole. Les affaires sérieuses vont recommencer. En réalité, il y a pour le moment au-delà des Pyrénées deux questions : il y a une question politique ou ministérielle, et il y a une question d’intérêt économique, de régime commercial, qui n’est peut-être pas la moins grave, la moins délicate, parce qu’elle se rattache intimement aux relations de l’Espagne avec la France.

Qu’en sera-t-il de la question ministérielle ? A première vue, le ministère conservateur qui est depuis dix-huit mois au pouvoir ne paraît nullement menacé. Le président du conseil, M. Canovas del Castillo, garde toute son autorité dans le parlement comme il a la confiance de la reine. On sent cependant qu’il y a depuis quelque temps, dans le parti conservateur, dans le monde officiel un certain travail dont le dernier mot pourrait être un remaniement ministériel. En d’autres termes, tout semblerait se préparer pour la rentrée au pouvoir d’un ancien conservateur dissident, d’un des chefs de ce qu’on appelait récemment le parti réformiste, M. Romero Robledo, dont les négociations avec le chef du cabinet ne sont point un mystère. Seulement, et c’est ici que le remaniement pourrait prendre quelque portée : la rentrée de M. Romero Robledo aux affaires impliquerait-elle la retraite d’un homme distingué qui a été, qui est encore un habile et heureux ministre de l’intérieur, M. Francisco Silvela ? Au fond, c’est là le secret de cette crise qui se prépare, qui, dans tous les cas, semble devoir être partielle et limitée. Reste l’affaire la plus sérieuse, la plus délicate, quoique toute commerciale, qui est devenue un embarras évident pour le cabinet de Madrid, qui a été suscitée par les exigences de nos protectionnistes dans les relations de l’Espagne avec la France. On s’est demandé souvent et quelquefois assez légèrement quelle était ou serait la politique extérieure de l’Espagne dans l’ensemble des affaires de l’Europe. Ce n’est même pas une question au-delà des Pyrénées, où la neutralité est le mot d’ordre de tous les ministères, de tous les partis, et où il n’y a en définitive que des sympathies pour la France. Il est cependant bien clair, et on ne peut s’en étonner, que les Espagnols songent à leurs intérêts, qu’ils se préoccupent depuis quelque temps de la direction de notre politique commerciale : ils se sont particulièrement émus lorsqu’ils ont vu il y a peu de jours notre ministère, sous la pression de nos viticulteurs méridionaux, abroger en toute hâte, sans attendre l’expiration des conventions commerciales, des tarifs de chemins de fer favorables aux vins espagnols.

On s’est d’autant plus ému au-delà des Pyrénées qu’on a vu dans cet acte le prélude d’une série d’aggravations de tarifs meurtrières pour le commerce de l’Espagne. De là à la menace de se défendre, de répondre par des représailles, par la négociation de traités de com-