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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/191

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exprimons le désir que cette politique devienne la loi permanente du pays ; secondement, attendu que l’identité de législation entre l’Angleterre et l’Irlande est le point de départ de tout gouvernement sérieux, nous demandons que l’arbitraire soit la loi de l’Irlande et ne soit pas celle de l’Angleterre ; troisièmement, considérant que la décentralisation et l’extension des conseils locaux ont été reconnues depuis longtemps et constamment promises comme une réforme nécessaire au progrès de l’Irlande, nous déclarons le moment venu d’abandonner toute réforme des pouvoirs locaux en ce pays ; quatrièmement, attendu que la situation rétrograde et les besoins pressans de l’Irlande réclament, de ceux qui la gouvernent, une attention de tous les instans, nous exprimons le vœu que le parlement consacre sans exception toutes ses heures aux affaires anglaises, écossaises et galloises ; cinquièmement, attendu que les institutions représentatives sont l’honneur et la force de ce royaume, les demandes formées, conformément à la constitution, par les représentans de la majorité de l’Irlande, seront considérées comme nulles et non avenues ; ces représentans n’auront ni voix dans les conseils, ni part dans le gouvernement du pays ; sixièmement, enfin, attendu que M. Pitt a déclaré que le principal objet de l’union était d’assurer la sécurité nationale en rendant l’Irlande plus heureuse et plus libre, nous ne négligerons rien pour la faire plus misérable et plus esclave. »

Ces attendu sanglans, ces considérans vengeurs, tout ce jeu d’antithèses oratoires, fait pour une enceinte universitaire et pour un auditoire à peine sorti de la « sixième forme, » eût été déplacé à la chambre des communes. Là, c’est par des faits que M. Morley combattait les lois coercitives, et ces faits, il les empruntait au Blue book, aux rapports des commissaires nommés par le gouvernement de lord Salisbury lui-même. C’est avec la même autorité, la même vigueur, la même persévérante et infatigable attention, le même heureux choix d’argumens et de moyens que, depuis deux ans, M. Morley a combattu, à toutes ses étapes, et à travers ses transformations successives, le bill du gouvernement unioniste pour le rachat de la propriété foncière en Irlande. C’est le projet de M. Gladstone sur une échelle moins vaste, avec cette différence que, dans le projet gladstonien, l’opération financière était garantie par le revenu public de l’Irlande, sous la responsabilité de son gouvernement autonome. Dans le bill de lord Salisbury, point de répondant, point d’autre gage que la terre elle-même. Or, si l’acheteur est insolvable ou si le fermier est récalcitrant, que fera le gouvernement pour dégager sa propre responsabilité vis-à-vis des contribuables anglais, dont il aura compromis l’argent ? Aura-t-il recours à l’éviction, à l’odieuse éviction, qui a achevé de