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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/129

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Son ventre est insatiable ;
Il a constamment soif de sang et d’argent,
Quand avec son esprit cruel
Il dissipe l’argent du pays traîtreusement,
Au mépris du sang royal.

N’empoches-tu donc pas, ô avide salarié,
Le dixième denier très bien,
Pour faire du tort aux Pays-Bas.
Si vous le lui donnez, vous préparez le lien
Dont il se servira pour vous attacher.

O Néerlande, tu succombes sous ta charge.
La mort et la vie sont debout devant toi :
Sers le tyran d’Espagne,
Ou suis, pour lui résister,
Le prince d’Orange.

Aidez le berger qui combat pour vous
Ou aidez le loup qui vous mord.
Ne soyez plus neutres,
Mordez le tyran, — le moment est venu, —
Mordez-le avec tous ses tyranneaux.

Tous ces murmures n’empêchaient pas le duc d’Albe d’écrire à Philippe II « qu’il ne voyait plus à l’intérieur, ni à l’extérieur, aucun sujet de crainte. » Ce n’était pas dans les Pays-Bas, c’était en France, foyer plus dangereux, qu’il fallait, suivant lui, combattre maintenant le protestantisme. Là aussi, les choses semblaient prendre une excellente tournure. Le duc d’Anjou venait de triompher à Jarnac, le 13 mars 1569 ; Albe lui envoyait un corps de cinq mille hommes pour qu’il pût triompher aussi à Montcontour. Les hérétiques n’avaient plus de refuge que dans la paix. Le seul allié auquel, en désespoir de cause, ils n’auraient peut-être pas hésité à faire appel, le Turc, allait, le 7 octobre 1571, succomber à son tour dans les eaux de Lépante. Si jamais cause parut irrévocablement condamnée, c’était assurément, à cette heure, la cause des rebelles néerlandais. Les gueux de mer se chargèrent de relever le drapeau abattu : quelques bandes de pirates sauvèrent l’indépendance de la Néerlande et, plus forts que tous les bûchers, rendirent le courage aux défenseurs de la liberté de conscience.

L’année 1572, l’année de la Saint-Barthélémy, donnait la parole à la marine.


JURIEN DE LA GRAVIERE.