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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/122

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Si telle eût été en ce moment
La volonté du Seigneur,
J’aurais été heureux de pouvoir détourner
De vous cette lourde tempête,
Mais le Seigneur qui de là-haut
Gouverne toutes choses,
Le Seigneur qu’on doit toujours louer,
Ne l’a pas désiré.

Très princièrement était divisé
Mon caractère de prince ;
Constant est resté
Mon cœur dans l’adversité.
J’ai prié le Seigneur
Du fond de mon cœur ;
Je lui ai demandé de faire triompher ma cause,
De rendre publique mon innocence.

Prenez patience, mes pauvres brebis,
Qui êtes aujourd’hui en grande détresse ;
Votre berger ne dormira pas,
Quoique vous soyez dispersées maintenant.
Tournez-vous vers Dieu,
Acceptez sa parole salutaire,
Vivez en pieux chrétiens :
Ce sera bientôt fini ici.

Devant Dieu et sa toute-puissance
Je veux confesser
Qu’en aucun temps
Je n’ai méprisé le roi.
Mais à Dieu notre Seigneur,
Majesté plus haute encore,
J’ai dû obéir
Dans les voies de la justice.

Un peuple à qui on peut tenir un pareil langage est dans un état d’âme qui défie à l’avance toutes les tyrannies.

David dut fuir aussi
Devant Saül le tyran.

Il n’est pas un Hollandais qui redise cette strophe sans émotion. Rien n’y manque, ni le souffle biblique, ni l’harmonie virile et majestueuse de la langue flamande. Le ciel vient d’envoyer un poète à l’insurrection, en attendant qu’il en accorde un au triomphe. Fier de ses annales, le peuple hollandais a le droit d’oublier le peu de place que son territoire conquis en majeure partie sur la mer occupe sur la carte de l’Europe ; il en a gardé, lui, une si grande, dans la mémoire des hommes ! Ce n’est pas au chiffre