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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/120

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emprunté aux psaumes de David, vient réchauffer les cœurs et parler d’espérance à un peuple qui a cessé d’en avoir. Les gueux ne possédaient pas de chant de guerre : en voilà un qui fera bientôt le tour du monde. Les échos des Indes le répètent encore. Les gueux vont l’entonner en 1569 sur l’air qui accompagna jadis l’hymne de Charles-Quint. L’air n’a pas changé ; les cœurs qu’il faisait vibrer sont loin d’être les mêmes. Bientôt, il n’y aura plus dans les Pays-Bas une chaumière où, en prêtant l’oreille, on ne puisse entendre fredonner à voix basse :

Je suis Guillaume de Nassau
Issu de sang germain ;
Fidèle à la patrie
Je reste jusqu’à la mort.
Je suis un prince d’Orange
Libre et intrépide ; J’ai toujours
honoré Le roi d’Espagne.

Je me suis toujours efforcé
De vivre dans la crainte de Dieu :
Pour cela je suis chassé,
Privé de ma terre et de mes gens.
Mais Dieu me dirigera
Comme un bon instrument,
Afin que je puisse retourner
A l’accomplissement de ma tâche.

Prenez patience, mes partisans,
Vous dont l’âme est sincère ;
Dieu ne vous abandonnera pas,
Quoique vous soyez en ce moment accablés.
Que celui qui désire vivre pieusement
Prie Dieu nuit et jour,
Pour que Dieu me donne la force
De venir vous secourir.

Ni mon corps, ni mes biens,
Je n’ai jusqu’ici épargné ;
Mes frères au grand nom
Ont suivi mon exemple.
Le comte Adolphe est resté
Eu Frise sur le champ de bataille ;
Son âme dans la vie éternelle
Attend le dernier jour.

Noble et de haute naissance,
De tige impériale,
Prince élu de l’empire,
Comme un pieux chrétien,
Pour la sainte parole de Dieu,
J’ai intrépidement,
En vrai héros, sans crainte,
Risqué mon sang de gentilhomme.