Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/956

Cette page n’a pas encore été corrigée


monies religieuses présidées par Léon XIII à Saint-Pierre. Naturellement, ces pèlerins du Vatican profitent de l’occasion pour visiter Rome, les musées, les monumens. Tout s’était passé d’abord avec ordre, sans le moindre accident, lorsqu’il y a quelques jours, pendant une visite au Panthéon à la sépulture du roi Victor-Emmanuel, est survenu tout à coup le grand événement ! Sur un registre déposé au tombeau du premier roi d’Italie, quelques écervelés, un ou deux jeunes gens, ont imaginé d’écrire on ne sait trop quoi, peut-être Vive le pape ! quelques mots qu’on n’a même pas pu bien déchiffrer, qu’on s’est hâté d’interpréter comme une offense. C’était sans doute une coupable étourderie, une inconvenance, un acte déplacé et saugrenu ; ce n’était, dans tous les cas, qu’un acte tout individuel et isolé auquel la masse des visiteurs était restée étrangère et dont elle ne se doutait même pas. Une petite correction de police suffisait, évidemment, pour ramener les jeunes auteurs de cette ridicule incartade au sentiment des convenances.

A peine cependant le fait a-t-il été connu, divulgué sans doute par quelque gardien effaré, des agitateurs amassés autour du temple ont commencé leur bruyante campagne. Aussitôt la nouvelle s’est répandue dans Rome qu’une offense venait d’être commise au Panthéon contre le roi Victor-Emmanuel et contre l’Italie. Des feuilles volantes ont couru partout, grossissant cette sotte affaire, enflammant les esprits. La foule s’est ameutée dans les rues, et pendant toute une journée on a poursuivi, bousculé, maltraité ces malheureux pèlerins qui erraient dans la ville, ignorant la plupart ce dont il s’agissait. On s’est porté sur les hôtels où ils résidaient et on a cassé quelques vitres. On a crié contre les pèlerinages, contre le pape, contre la France. On a continué le lendemain. Le gouvernement a eu quelque peine à remettre un peu d’ordre dans la ville et même, à ce qu’il paraît, à protéger l’ambassade de France. Bref, rien n’a manqué ; c’est ce qu’on peut appeler la grande manifestation ! Notez que dès le premier moment rien n’avait été négligé pour désintéresser le sentiment national le plus susceptible et enlever tout prétexte à l’agitation. Les organisateurs, les chefs des pèlerinages s’étaient hâtés de se rendre auprès des autorités romaines et de désavouer la puérile équipée de deux jeunes étourneaux sans mandat. Le pape lui-même a déploré un acte que rien ne faisait prévoir, pour lequel on a fait tant de bruit inutile. Le gouvernement français, à peine informé, a pris ses précautions ; M. le ministre des cultes, par une sage prévoyance, s’est hâté d’inviter les évêques à s’abstenir pour le moment de se mêler à des pèlerinages qui pouvaient être mal interprétés ou provoquer des confusions contraires à la politique de la France. Tout ce qui était possible a été fait. N’importe, les manifestations ont continué, elles se sont même étendues à une partie de l’Italie,