Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/952

Cette page n’a pas encore été corrigée


comme l’élection de Paris, et c’était fait ; on n’y aurait pas échappé ! Les savans tacticiens conservateurs qui, de leur côté, avaient cru être bien habiles en faisant alliance avec le boulangisme, ont pu voir, eux aussi, ce qu’ils avaient risqué, à qui ils avaient confié leur cause, leur crédit, — et leur argent. Radicaux et royalistes ont beau s’en défendre aujourd’hui, ils ont eu, à des momens différens, leur rôle et leur responsabilité dans l’entreprise boulangiste, ils ont cru tour à tour pouvoir se servir d’un aventurier qui s’est servi d’eux pour finir par les laisser les uns et les autres assez confus de ce qu’ils ont fait. Tout cela est passé, heureusement passé. Ce qui en restait vient de disparaître ; la dernière illusion, s’il y avait encore une illusion, est tombée avec l’homme qui n’a eu d’autre art que de jouer tout le monde, — et la vraie moralité de cette triste, de cette maussade aventure, c’est qu’il ne faudrait pas recommencer.

On n’en est plus là sans doute. 11 est certain que depuis deux ans tout a singulièrement changé, qu’on ne se croit plus à la merci des accidens de la force, que la situation politique et parlementaire a pris un caractère plus fixe et plus régulier. La France a prouvé une fois de plus que, si elle se laisse facilement aller aux fascinations, même si l’on veut, aux fantasmagories, elle est prompte à se ressaisir, dus qu’elle se sent à demi protégée et dirigée. Elle a rapidement retrouvé sa raison et son calme, et ce serait une étrange illusion de se figurer que le suicidé de Bruxelles se survit encore dans l’imagination populaire, qu’il laisse lui aussi sa légende. Avec quoi la ferait-on, cette légende ? Ce qui s’est passé hier est déjà oublié. La France a aujourd’hui bien d’autres affaires plus sérieuses qui peuvent la préoccuper, qui la touchent de plus près dans ses sentimens de grandeur nationale comme dans sa vie intérieure. Elle a l’instinct des graves réalités au milieu desquelles elle vit. Comment va s’engager cette session qui s’ouvre en ce moment même, sous l’impression encore si vive des grandes manifestations de ces derniers temps, presque au lendemain des discours que M. le président du conseil, M. le ministre des affaires étrangères, viennent de prononcer au Midi et au Nord, à Marseille ou à Bapaume ? Qu’en sera-t-il de tous ces projets d’interpellation, de discussions parlementaires dont on a menacé le gouvernement ? Il suffit, on le sent aujourd’hui, au point où en est le pays, il suffit que le ministère ait un peu de volonté, la moindre fermeté d’attitude et de langage pour écarter tout ce qui ne pourrait que compromettre les intérêts les plus élevés, — tout ce qui n’aurait d’autre effet que de raviver les passions, de troubler cette unité morale et politique qui tend à se refaire lentement dans le pays, doni on ne cesse de parler depuis quelques mois. Au fond, si on le voulait bien, le programme de cette session qui commence pourrait être des plus simples. Ce que les