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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/78

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eaux ? Le fleuve qui monte au nord, tout de suite navigable, serait alors le Bagoë, ce gros affluent du Mahel-Balevel, qui lui-même est le plus gros affluent du Niger. Hypothèses que tout cela, mais’ hypothèses très plausibles et qui concorderaient avec les renseignemens recueillis par le capitaine Binger. Reste à savoir quel obstacle nous opposera cette forêt, quelles chutes d’eau nous réserve le San-Pedro. Demain, je me mets en route ; si je me heurte à l’impossible, je m’arrêterai, il le faudra bien ; mais avec le bon courage que nous y mettons, la foi que nous avons au succès et un petit coup d’épaule de la chance, nous devons arriver ! Il pleut toujours !

Dimanche 10 mai.

Cela me fait toujours un petit effet d’écrire ce mot : « dimanche » en haut de ma page. Ce jour évêque je ne sais quel souvenir de repos, de calme qui contraste si fort avec notre vie d’aventuriers ! .. Quiquerez vient de partir. En avant ! Nous devons trouver encore quelques villages, trois, — je crois, — et puis nous serons chez les Pains.

C’est peu commode de marcher dans un sentier de brousse à la saison des pluies. La première condition est de savoir nager ; les marigots débordent ; sans s’en apercevoir, on tombe dans des trous énormes pleins d’eau croupissante. Consolons-nous, un Krouman me dit que demain nous verrons le dernier village et qu’après le sentier est fini, ce sera bien plus gai.

Un orage terrible pour terminer la journée et toujours le même refrain : la pluie. Elles ne ressemblent guère à nos pluies de Franco, ces averses diluviennes d’Afrique. Les gouttes d’eau, larges comme des pièces de dix sous, tombent droit, avec la force d’un grêlon, et cela dure depuis le 1er mai presque sans discontinuer, je crois même que ça augmente.

Nuit dans l’eau ; j’ai bien une couverture de caoutchouc pour m’enrouler, mais contre l’humidité du sol et le déluge du ciel, c’est trop peu. Il paraît que le village de Tatoua, que nous avons traversé tout à l’heure, n’est pas assez sûr pour y coucher, et mes Kroumans se livrent à une pantomime de coups de couteau peu rassurante. Résignons-nous. Seulement, que mangerons-nous demain matin ?

Lundi 11 mai.

Encore un village, — c’est le village d’Every, — même mimique qu’hier soir de la part des Kroumans qui poignardent le vide avec