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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/720

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Ce n’est point, à vrai dire, une petite affaire que d’entrer en contestation avec un empire populeux qui a ses traditions séculaires, ses mœurs, sa civilisation, qui a été si longtemps fermé aux influences étrangères et dont le gouvernement est inipuissant à réprimer les passions nationales quand il ne les partage pas. La force de ce pouvoir qui s’appelle le Tsung-li-yamen est dans sa diplomatie captieuse, dans son inertie et dans l’immensité de l’empire. Il —ne repousse pas les réclamations, il les écoute, il a l’air de prendre quelques mesures et laisse le mal s’accomplir.

Lorsqu’il y a trente ans, la France et l’Angleterre se décidaient à engager une campagne contre la Chine et allaient jusqu’à Pékin pour obtenir la réparation de griefs accumulés, elles ont réussi sans doute en apparence. Elles ont imposé des traités, des garanties nouvelles, des conditions plus libérales pour les Européens ; elles n’ont pu changer ni les mœurs, ni les sentimens populaires, ni l’antipathie chinoise contre tout ce qui est étranger. Elles n’avaient conquis qu’une sécurité passagère, et par degrés l’instinct de race a reparu, pour se manifester bientôt avec un redoublement d’intensité. Il y a dix ans déjà, ceux qui ont longtemps pratiqué la Chine par l’apostolat démêlaient tous les signes d’une explosion, qui commencerait sans doute par des révoltes locales. L’amiral Courbet lui-même, qui se trouvait, il est vrai, en face des surexcitations causées par l’occupation française du Tonkin, l’amiral Courbet prévoyait et disait qu’on serait nécessairement conduit à une action plus énergique, plus décisive contre le Céleste-Empire. Ce qu’on prévoyait, c’est justement ce qui arrive. Depuis quelque temps en effet, les soulèvemens populaires se multiplient particulièrement dans la vallée du Yang-tsé, et dans tous ces mouvemens d’une nature peut-être assez compliquée, assez difficile à définir, la haine de l’étranger est visiblement le premier mobile ou le prétexte. Les missionnaires chrétiens, sans distinction de nationaliié, missionnaires français, allemands, anglais ou belges, sont attaqués dans leurs résidences, pillés et massacrés. Il n’est pas jusqu’aux États-Unis, qui n’aient vu récemment une de leurs missions saccagée et détruite par la populace. Les commerçans étrangers, les voyageurs comme les missionnaires, sont l’objet de mille violences dans l’empire. Les attentats ne se commettent pas généralement sur le littoral, où ils n’échapperaient pas à la répression des marines étrangères ; ils sont commis dans l’intérieur, où ils ne pourraient être atteints que par la justice locale, qui ne s’en occupe guère. Le Tsung-li-yamen, du haut de sa grandeur, ordonne sans doute de temps à autre quelques châtimens, et il vient même de soumettre à l’empereur un rapport plein de bonnes intentions, accompagné d’un édit sur la répression des désordres. Malheureusement, s’il est sincère, il est impuissant pour