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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/714

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Aujourd’hui c’est fait, et la position que la république a reprise a sûrement sa signification et son importance ; mais il est bien évident aussi que ce qu’on a gagné par un certain esprit de conduite, on ne peut le garder qu’en s’inspirant plus que jamais de cet esprit, en alliant la sagesse à la force, comme l’a dit M. le président du conseil, et que l’intérêt extérieur réagit ici sur la direction de nos affaires intérieures. Est-ce qu’on croit que, si on se remettait à subir les pressions de secte, à raviver les persécutions et les dissensions, à répondre par la guerre à l’esprit de conciliation qui se manifeste partout, on irait bien loin sans péril ? On ne tarderait pas à perdre l’autorité et le crédit qu’on a reconquis. C’est là toute la question qui va s’agiter à la session prochaine, entre le gouvernement et ceux qui paraissent si pressés de l’interpeller. On se trouve par le fait entre deux politiques : l’une poursuivant la réhabilitation morale, diplomatique et militaire de la France en Europe par la modération prévoyante à l’intérieur, — l’autre remettant tout en doute par les agitations, les divisions et les exclusions. La France, par ses acclamations devant les scènes de Cronstadt, par l’émotion patriotique avec laquelle elle a suivi les manœuvres de son armée, par ses vœux d’apaisement, la France a prouvé qu’elle avait fait son choix, pour son honneur et pour son avantage !

Il fallait bien s’y attendre. Des événemens comme ceux qui se sont succédé en Europe depuis quelques mois, coups de théâtre de la politique, rapprochemens de puissans états, déplacemens des influences et des rapports des peuples, démonstrations internationales, tous ces événemens ne s’accomplissent pas sans laisser un certain ébranlement dans l’opinion.

Si au premier moment, au lendemain de l’apparition de l’escadre française à Cronstadt, il y a eu de l’incertitude, une vague impression de surprise, si on a même affecté de ne point s’émouvoir, on n’a pas tardé à se dédommager ; on s’est bientôt livré à tous les mouvemens d’une curiosité inquiète ou irritée. On s’est remis plus que jamais à recommencer l’inévitable campagne des faux bruits, des commentaires soupçonneux et des polémiques acerbes. Portsmouth n’a pas corrigé Cronstadt même en Angleterre, au moins au camp du vieux torysme, où les ressentimens et les ombrages ont survécu aux démonstrations de cordialité dont la reine elle-même avait donné le signal. Bref, les agités et les irascibles de tous les pays, les nouvellistes et les polémistes qui ont la prétention de régenter l’opinion, n’ont rien négligé pour raviver les défiances, pour ramener le continent à une de ces situations où tout devient prétexte à émotion. Les zélateurs, les défenseurs attitrés ou intéressés de la triple alliance ont eu beau s’en défendre, ils se sont sentis troublés et ils ont poussé le cri d’alarme avec une sorte de naïveté. Tant que la triple alliance existait seule, et seule prétendait être l’arbitre du monde, oh ! tout était pour le