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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/65

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nous présente au roi Akla, roi de Gouadé. Car Drowin se compose aussi de trois villages et comprend deux factoreries anglaises. C’est là, je l’ai dit déjà, que finit la compagnie King, et que commence The Ambas bay trading C°. Les trois villages ont chacun leur roi et celui de Gouadé, Akla, est particulièrement empressé et accueillant ; il réclame comme un honneur, que nous venions camper dans son village. Quiquerez retourne, avec le fils de Zachi, chercher, notre personnel à Sassandré, et, le lendemain matin, nous étions tous campés au fond de la baie de Drewin.

Profitant de la complaisance du roi, nous louons quatre pirogues qui, commandées par le sergent Galo-Djalo, s’en vont rechercher nos bagages et le laptot abandonnés à Fresco.

Il était temps que cette occasion se présentât. A force de faire des cadeaux, de satisfaire les insatiables fantaisies des rois nos amis, notre pacotille s’épuisait et notre prestige diminuait avec elle.

Le 21 avril, au matin, un de nos tirailleurs entre comme une bombe dans la tente : « Lieutenant, un bateau français. » C’était en effet, un bateau français, un aviso, qui arrivait sur nous, bien reconnaissable de loin à ses deux grandes roues, à ses tambours blancs.

Il faut avoir passé quelque temps, privé de toutes nouvelles, de toute société, de tout confort, avoir vécu sans pain, sans sel, sans vin, couché sans matelas, sans draps, et avoir retrouvé cela tout d’un coup, à l’improviste, pour se rendre compte de notre joie. Le Brandon stoppait dans notre rade.

Dix minutes plus tard nous étions à bord, reçus par le gouverneur des rivières du Sud, M. Ballay, qui nous cherchait sur la côte. Et cette sollicitude, cette pensée que, si loin, nous n’étions pas complètement oubliés, devoir qu’on s’intéressait à notre œuvre, nous donnait un nouveau courage, avec plus d’entrain, plus d’audace et un brin d’orgueil.

Il fut décidé aussitôt qu’on nous garderait à bord pour la nuit et que le lendemain nous irions tous ensemble revoir ce Buggery, roi de Sassandré, qui nous avait si mal reçus. Zachi fut embarqué comme interprète, un peu inquiet sur son rôle et sur le moyen de rester bien avec nous et avec ses voisins.

En nous voyant arriver, Buggery, dont la conscience n’était pas très tranquille, se fit attendre un peu, puis, ramassant son courage, il vint avec ses chefs. Le grand uniforme de M. le gouverneur, le bateau, avec ses canons revolvers, étincelans au soleil, le miroitement des cuivres, et surtout un royal cadeau de deux dames-jeannes de rhum, de deux cents têtes de tabac et la promesse d’une rente de six cents francs par an, amenèrent un visible