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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/64

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Trepow-Amery est séparé de Trepow-Lewis par un môle de rochers que nos bagages et nos ânes mettent trois heures à franchir. Le roi Amery est dans la « brousse » pour quelques jours, nous n’aurons pas l’honneur de le rencontrer. Le 16 avril, nous quittons Trepow pour gagner Sassandré.

Sassandré, situé sur la rive droite de la rivière Sassandré, tourne le dos à la mer. La route pour y parvenir est très rude. Depuis Kootrou, du reste, la côte est formée d’une suite de criques encadrées à droite et à gauche entre deux masses rocheuses qui tombent à pic sur la mer. A chaque passage de ces rochers, nous sommes obligés de décharger nos ânes, de passer les bagages à bras, de porter quelquefois même nos ânes. C’est une perte de temps considérable, outre que cette gymnastique est excessivement dangereuse. Aussi, à Sassandré, avons-nous loué quatre pirogues, qui nous accompagnent et portent nos ânes et les bagages. Ce n’est pas sans peine que nous avons pu décider les noirs à transporter ce singulier chargement.

En arrivant à Sassandré, nous sommes conduits chez le roi Buggery. Après les cadeaux et les complimens d’usage, Quiquerez demande au roi, qui jusque-là n’avait pas soufflé mot, de lui vendre des vivres pour nos hommes et de nous prêter quatre pirogues pour explorer la rivière le lendemain. Buggery répond par un refus absolu et nous déclare que ses hommes sont mécontens de voir les blancs sur leur territoire.

Comme nous tenions à avoir quelques données sur la rivière Sassandré et que toute entente semblait impossible, nous nous décidons à aller chercher Zachi, un chef du village suivant, de Drewin, qui jouit d’une grande renommée de sagesse et qui, paraît-il, est Français.

Le soir, à quatre heures, après cinq longues heures de pirogue nous arrivons à Drewin. Quiquerez, qui était d’une centaine de mètres en avant, débarque sur la côte, sans aucune défiance, quand tout à coup, de derrière les palissades des premières maisons, partent cinq ou six coups de fusil. Cette fois encore les noirs avaient tiré trop loin, et c’est à peine si quelques chevrotines viennent éclabousser la pirogue. Comme à Kootrou, nous marchons résolument, sans armes, sur le village, et après quelques minutes d’explications un peu vives, de palabres orageux, les habitans finissent par nous faire comprendre que le village qu’habite Zachi est beaucoup plus loin, et que nous sommes chez des ennemis du roi de Sassandré.

Nous allons, par terre, jusque chez Zachi, qui nous reçoit à merveille ; c’est un ancien marin, il a servi à bord de je ne sais quelle carcasse qui faisait le trafic de cette côte il y a cinquante ans. Il