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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/62

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roi. C’est là qu’habitent sa famille, ses amis, là qu’il tient sa cour. Ce Coffé est un homme jeune, très intelligent, au caractère très gai, il a sur ses sujets une très grande autorité, et n’hésite pas à appuyer ses ordres d’un coup de matraque ; cet exemple d’autorité réelle vaut d’être signalé, c’est le seul que nous ayons rencontré sur toute la côte. Ces petites royautés sont des républiques effectives ; tout s’y discute en palabres, et leur seul privilège de roi consiste à boire le premier dans ces bruyantes et interminables réunions. Du reste, le roi est élu, le pouvoir n’est jamais héréditaire, et je me suis laissé- conter que l’élection d’un roi est l’affaire de plusieurs mois ; les noirs, sans aucune vergogne, persistant, la plupart du temps, à voter pour eux-mêmes.

La factorerie anglaise de Kootrou porte le pavillon de la compagnie King, un grand pavillon blanc avec un carré rouge dans le milieu. C’est une des deux compagnies, qui sont installées sur cette côte. La compagnie King a ses comptoirs à l’est de Drewin, l’Ambas bay trading C° a les siens à l’ouest de Drewin. Toutes les factoreries se ressemblent comme construction. Ce sont des maisons à un étage, comparables un peu à un chalet suisse par le balcon de bois qui court autour du premier étage. Le toit est en feuilles de tôle gondolées, ce qui fait serre chaude l’été et tambour sous les pluies diluviennes de l’hivernage. Le reste de la maison est entièrement en bois, les bateaux l’apportent démontée et numérotée, on n’a que la peine de faire un petit jeu de patience pour remonter le tout. L’assise est en pierre, en granit du pays et le rez-de-chaussée sert de magasins. La maison est peinte en vert sombre à l’extérieur et en blanc à l’intérieur ; presque toutes les factoreries sont pareilles.

L’agent de compagnies est souvent un très jeune homme, quelques-uns ont à peine vingt ans. Ils viennent là passer trois ans, très payés, mais touchant des appointemens proportionnels au chiffre d’affaires qu’ils font. Toutes les semaines ou plus rarement, suivant l’importance de la factorerie, un voilier ou un steamer vient ravitailler l’établissement et enlever la provision d’huile, d’ivoire ou de peaux de singes. Ces malheureux finissent par vivre de la vie des noirs, ils prennent leurs usages, apprennent leur langue, presque tous souffrent beaucoup du climat, sans avoir de ressources pour en combattre les effets, et se meurent d’ennui dans cet isolement, plus triste encore que la solitude.

Le roi Coffé nous avait vendu un bœuf, et dans ce pays, les bœufs, parfaitement sauvages, sont malgré leur petite taille impossibles à mener au bout d’une corde. On achète un bœuf, on prend son fusil et on va le tuer. C’est ce que fit Quiquerez. Il prend un fusil Gras à l’un de nos tirailleurs et, accompagné d’une foule désireuse de ne pas perdre le moindre de nos gestes, il arrive