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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/446

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aurait cédé en renouvelant l’alliance austro-germanique en juin dernier : pression allemande, prudemment inavouée, et pression britannique, ostensiblement invoquée pour atténuer l’inévitable mauvais effet de l’autre.

Si, dans cette politique d’alliances, l’intérêt de l’Italie se voit assez peu pour que ceux qui la critiquent n’y découvrent, à tort ou à raison, que des mobiles dynastiques, il n’en est pas de même des deux autres intérêts qui s’y relient.

Celui de la Prusse est visible à tous les yeux. Chacun comprend que cette puissance veuille, en cas de guerre, placer la France dans la position dangereuse où, lors de la guerre de 1866, elle plaça l’Autriche ; c’est-à-dire l’obliger à affaiblir ses forces du côté des Vosges de tout ce qu’elle devrait en distraire pour faire face à l’Italie du côté des Alpes. La chancellerie allemande n’a d’ailleurs jamais caché le mobile purement allemand qui lui fait rechercher l’alliance italienne. Après les déclarations de M. de Bismarck à cet égard, celles de son successeur en font suffisamment foi.

« L’alliance avec l’Italie, a dit M. de Caprivi [1], ne doit pas tomber avec M. Crispi. Et si le député Windthorst s’imagine que les autres alliances suffisent à l’Allemagne, je dois lui rappeler le principe militaire que l’on n’est jamais assez fort. Il est de l’intérêt de l’Allemagne que les alliances actuelles ne souffrent ni diminution ni affaiblissement d’aucune sorte. »

C’est donc parfaitement clair : c’est l’intérêt de l’Allemagne qui veut que l’Italie continue à faire partie de la triple alliance.

L’intérêt que peut avoir l’Angleterre à ce qu’il en soit ainsi, s’inspire-t-il du moins de vues plus généreuses ?

En d’autres termes, l’Angleterre, en souhaitant que l’Italie reste l’alliée des puissances centrales, n’a-t-elle d’autre but que de voir s’accroître le prestige d’un jeune État dont elle a favorisé la nais-sauce ? Et se dit-elle que, à tout prendre, si cette situation d’alliances avait un jour pour résultat de créer à ce jeune État le danger d’être battu par un État voisin plus puissant, elle en serait quitte pour continuer à le protéger en faisant la guerre ?

Il y a évidemment de cela dans la sérénité confiante avec laquelle certains Italiens, hommes d’Etat ou simples citoyens, ont admis l’idée du renouvellement de la triple alliance sous le patronage de l’Angleterre. Mais l’on ne saurait trop les prémunir contre un ordre d’idées dont le danger ne tarderait pas à se faire cruellement sentir. Il est une puissance dont, dans ce siècle, on a eu plus d’une fois occasion de dire qu’elle était seule capable « de faire la guerre pour une idée. » cette puissance n’est assurément

  1. Séance du Reichstag du 2-i juin 1890.