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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/444

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ses accointances avec le parti d’action, dont l’ascendant était prépondérant dans la péninsule. Et le parti d’action, il convient de le noter, n’avait qu’un grief contre la France : Rome. La présence des troupes françaises dans la ville éternelle, la protection dont elles y couvraient le saint-siège, était le dernier obstacle à la réalisation du rêve de l’unité italienne. Tant que cet obstacle subsisterait, la Prusse, qui se préparait dès lors à faire la guerre à la France, aurait un moyen sûr de rendre l’Italie ennemie de cette puissance ; car, comme l’écrivait Mazzini à M. de Bismarck : « l’objectif de tout mouvement italien devant d’ailleurs se confondre avec l’objectif de Rome, — risolversi in quello di Roma, — la collision entre la France et l’Italie deviendrait inévitable [1] ; » en suite de quoi M. de Bismarck, pour exciter davantage les passions antifrançaises de Mazzini et de ses amis, faisait transmettre à Mazzini, par le ministre de Prusse à Florence, en date du 20 novembre 1867, une information établissant que « les généraux Cialdini et Durando ont dit avoir lu les dépêches échangées entre Sa Majesté Victor-Emmanuel et l’empereur, et dans lesquelles le roi prend l’engagement de ne pas aller à Rome. » C’est au cours de cette correspondance secrète entretenue par M. de Bismarck avec le grand révolutionnaire italien, que fut remise à celui-ci la fameuse note Usedom [2], dont il est parlé dans l’article de la Contemporary Review, et qui concluait par ces deux axiomes : « L’alliée naturelle de l’Italie, c’est l’Allemagne ; « La rivale naturelle de l’Italie, c’est la France. » C’est sans doute plus qu’il n’en faut pour prouver au lecteur comment la chancellerie prussienne se faisait une arme de la question romaine en Italie pendant la période qui s’est écoulée entre la guerre de 1866 et celle de 1870 [3]. Et le gouvernement français sentait bien de quel obstacle cette question était à sa politique ; mais toutes les tentatives qu’il faisait pour la résoudre échouaient, grâce aux menées du cabinet de Berlin, menées plus ou moins secondées par celui de Londres : « Oldofredi, écrivait Michelangelo Castelli à son ami Dina, le 3 novembre 1867, a lu une lettre que lord Clarendon écrit à un ami de Florence, et dans laquelle il a noté les lignes suivantes : L’empereur est tellement torturé par la question de Rome, qu’on craint qu’il en perde la tête [4]. »

  1. Note adressée par Giuseppe Mazzini à M. de Bismarck en date du 17 novembre 1867. — Dans cette note, Mazzini demandait au gouvernement prussien un million de francs et 2,000 fusils à aiguille pour sceller ce qu’il appelait « une alliance stratégique contre l’ennemi commun, entre le gouvernement prussien et le parti d’action. »
  2. M. Usedom était ministre de Prusse à Florence.
  3. Voir la lettre de M. Benedetti au marquis de Moustier, en date de Berlin, 10 novembre 1867.
  4. Voir Carteggio politico di Michelangelo Castelli, t. II, p. 305.