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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/419

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reconnaître que l’œuvre du gouvernement italien a été sage et pacifique. Dix années d’expérience auraient dû suffire à dissiper les défiances ; j’espère que ces nouvelles et très nettes déclarations ajouteront quelque chose à l’expérience déjà faite et convaincront tout le monde que nos intentions sont des intentions de paix et non d’agression. La paix sera conservée ; les défiances s’évanouiront. Je crois que le gouvernement a rendu un service au pays ; j’espère que le sénat approuvera notre politique inspirée par le bien de l’Italie et par le désir de lui assurer une situation forte en Europe. » Très vives et générales approbations, ajoute le journal officieux l’Opinione, auquel j’emprunte ce texte de la déclaration ministérielle. Donc les sénateurs qui sont nommés par le gouvernement ont approuvé ; mais les députés, qui sont élus par la nation, n’ont pas entendu. Il y a là une lacune grave.

Si la triple alliance, comme l’affirme le président du conseil, n’a fait que conclure un nouveau bail de paix, et si, pendant toute la nouvelle durée qui lui est assignée,.elle n’a pas, pour l’Italie, la conséquence de nouveaux et trop ruineux sacrifices, les responsabilités de cette lacune pourront être éludées. Mais si cette politique extérieure ainsi continuée devait entraîner la continuation d’une politique militaire accablante pour la fortune publique et privée de l’Italie ; si surtout elle devait, pour une cause quelconque, occasionner la participation de l’Italie à une guerre, alors, les responsabilités apparaîtraient dans toute leur gravité. Alors, M. di Rudini peut en être certain, pas un des députés qui ont applaudi à la déclaration gesticulée dans la séance du 28 juin n’oserait dire qu’il a approuvé le renouvellement de la triple alliance ; tous, au contraire, s’empresseraient, avec l’absence de courage qui est la caractéristique des collectivités, de maudire sa politique et sa personne. Bienheureux si les malédictions qui l’atteindraient en ce cas ne passaient pas au-dessus de sa tête pour atteindre plus haut que lui ; car, dans toute cette période, la force des circonstances a, comme je l’ai dit plus haut, entraîné le ministère qu’il préside à découvrir la couronne plus que ce n’eût été désirable. Or, je n’irai certes pas aussi loin, dans cet ordre d’idées, que « l’homme d’État du continent » l’a fait dans la Dynastie de Savoie, le pape et la république [1], cet écrit si circonstancié, cette démonstration si serrée, qui empêche M. Crispi de dormir et lui a déjà fait publier deux réfutations successives. Je n’irai certainement pas à des conséquences aussi extrêmes, dont la légitime popularité qui entoure le roi Humbert me paraît, quant à présent,

  1. Voir la Contemporary Review du 1er avril 1891. Voir aussi la Justice, qui donne la traduction française de cet écrit dans ses numéros des 4, 5, 6, 7, 8 et 9 avril.