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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/407

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constamment chargé et à crier à tout instant : Qui vive ! » Et pourquoi toutes ces alarmes ? Parce que, après neuf années d’efforts soutenus, en Russie comme en France, le rapport primitif entre les forces opposées se trouve altéré ; parce que, aujourd’hui, la partie qui viendrait à s’engager pourrait être « hasardeuse. » Or, M. Bonghi veut que l’on sorte de cette situation : Mais comment ? demande-t-il ; et la réponse vient sans hésitation aucune au bout de sa plume : « Précisément en dissolvant cette alliance qui entretient l’alarme et la dépense. »

Il n’en veut plus : il veut que chacun des trois États alliés reprenne sa liberté d’action ; il veut que « cette action commune suspecte, menaçante et continuellement menacée, cesse d’être la base et la clé de la situation de l’Europe ; » il veut que l’on cesse « d’agacer la France, » pour éviter qu’elle ne finisse par devenir « enragée. »

Il dit qu’il n’est pas permis de maintenir ainsi l’Europe divisée en deux camps, en proie aux angoisses d’une paix douteuse et aux périls d’une guerre dont les résultats sont plus douteux encore. Il proclame, en terminant, que « l’Italie restant dans un tel consortium manquerait à sa mission, à la mission qu’elle a assumée en renaissant ; » il conclut, par une de ces expressions familières qui vont si bien à son genre particulier d’esprit, mais que je ne remets pas sans hésitation sous les yeux des auteurs du renouvellement de la triple alliance : « Ceux, dit-il, qui pensent que rien ne doit être changé sont, à mon humble avis, des gens tombés en enfance, — rimbambiti. »,

Ainsi pensait, le 21 avril 1891, M. Bonghi, l’ami personnel et politique du président du conseil, ministre des affaires étrangères ; ainsi il écrivait le même jour dans le Fanfulla, journal connu de tout temps comme l’organe de la cour, et, depuis l’avènement du nouveau cabinet, l’organe aussi du ministère des affaires étrangères. Comment n’aurait-on pas cru que, parallèlement aux paroles officielles prononcées en public, le gouvernement se complaisait à en dire d’autres à l’oreille de ses intimes et qui avaient un sens tout opposé ?

En veut-on un autre indice, à l’appui duquel il me serait facile de citer des noms propres ? Le voici. Vers le même temps, il était tel membre du gouvernement disant confidentiellement à tel rédacteur d’un journal radical très influent : « Nous verrons avec plaisir que vous recommenciez une campagne contre la triple alliance. »

Ces choses si significatives se passaient donc vers la fin d’avril. Et le 29 juin, c’est-à-dire à peine huit semaines plus tard, sa majesté l’empereur d’Allemagne et roi de Prusse annonçait solennellement au monde, par le modeste organe d’un employé d’une compagnie