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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/405

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volontiers à leur loyauté, à leurs tendances amicales très sincères ; en Italie même, les partisans de la France partageaient ces croyances ; et, en réalité, je crois qu’elles étaient fondées, abstraction faite d’inflexibles exigences politiques, supérieures au désir intime de ces honorables hommes d’État. Comment, au surplus, n’aurait-on pas cru, en présence de tous les indices qui portaient à croire ?

Que l’on parcoure toute la gamme de la presse ministérielle italienne, depuis le Fanfalla, que l’on pourrait qualifier de légitimiste, — au point de vue italien, bien entendu, —jusqu’à la Tribuna, qui côtoie le radicalisme : on y trouve à chaque ligne, pendant cette période et jusque même aux derniers jours d’avril, la preuve que, si le ministère, ostensiblement, parlait dans le sens du maintien des alliances, il faisait ou tout au moins laissait parler ses journaux dans un sens diamétralement opposé. Je viens de mentionner le Fanfulla. Il me suffira de citer deux articles qu’il publiait successivement dans ses deux numéros du 19 et du 21 avril. Le premier a pour titre : Una risposta. Il renferme une substantiels et éloquente démonstration de l’abus qui s’est fait en Italie de l’article 5 du statut, ne donnant « que trop » au pouvoir exécutif « le droit de conclure des traités secrets et de ne pas les communiquer tout de suite au parlement, » démonstration concluant à ce qu’il soit usé de cette faculté « avec une plus grande modération qu’on ne l’a fait depuis neuf ans : » en d’autres termes, concluant à ce que le traité de la triple alliance soit communiqué aux chambres sans plus de retard.

Le second article porte ce titre : Ancora la triplice alleanza. — Ici c’est le principe même de l’alliance avec les puissances centrales qui est pris à partie ; et, pour en faire saisir la valeur, il convient de dire tout d’abord que, ainsi que le précédent, il est signé de M. Bonghi.

M. Bonghi, comme l’on sait, est un illustre écrivain, un peu disert, mais d’une vaste érudition et d’une puissance de travail rare. Comme homme politique, il appartient à ce parti de droite qui a préparé l’alliance allemande bien avant qu’un ministère de gauche l’eût conclue, et qui y est resté fidèle jusqu’à ces derniers temps, jusqu’au jour où la chute de M. Crispi a permis de mettre bien en lumière tous les inconvéniens et toutes les charges de cette alliance. Il est, en outre, ami personnel autant qu’ami politique de M. le marquis di Rudini. Aussi peut-il y avoir quelque profit à faire de son article une analyse assez détaillée.

L’honorable écrivain commence par établir ce point : qu’il est difficile de « bien raisonner » sur la triple alliance, attendu que ni