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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/398

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aux chambres aussitôt que l’intérêt et la sûreté de l’État le permettent. »

Cette théorie ne laissait pas de présenter un grave inconvénient ; sous son apparence de respect absolu des principes constitutionnels, elle tendait en réalité à les violer, car elle découvrait la couronne. En invoquant un principe au profit de sa pratique politique du moment, le ministère en détruisait un autre qui domine le droit monarchique constitutionnel tout entier. Il confirmait ainsi cette parole, très connue, d’un ancien ministre : « Et quand, depuis la mort de Cavour, y a-t-il eu à l’extérieur une politique de cabinet ? Quand y a-t-il eu une autre politique extérieure que celle de la cour ? »

Tandis que le chef du cabinet parlait sur ce ton, comment s’exprimaient les journaux considérés comme recevant la confidence de la véritable pensée ministérielle ? Aujourd’hui que tous les voiles sont levés par le fait accompli du renouvellement de la triple alliance, c’est avec étonnement que l’on relit leurs articles. La Tribuna, par exemple, expliquait à ses lecteurs que « l’on ne pouvait demander davantage au premier ministre d’un pays lié par un traité d’alliance, tandis que ce traité est encore en vigueur, » — ce qui donnait à entendre que, d’après l’auteur de l’article, M. di Rudini parlerait bien autrement si le traité touchait à son expiration ; et l’on devait d’autant mieux pencher vers cette croyance que le même journal continuait, ainsi que d’autres organes ministériels, de droite comme de gauche, à mettre en lumière les inconvéniens et les dangers de la triple alliance.


II

Cependant le ministère sortait peu à peu des langes dont il avait dû s’envelopper dans sa faiblesse de nouveau-né. Ses promiscuités avec les radicaux lui devenaient plus pesantes à mesure que l’attitude de beaucoup de députés du centre lui faisait entrevoir la possibilité de se créer une majorité, vaille que vaille. Il semblait chercher les occasions de prouver qu’il commençait à se sentir assez fort pour se tenir debout sans appuis gênans. La séance du 12 mars vint lui fournir l’occasion souhaitée. L’honorable M. Barzilai, qui est, à la chambre de Monte-Citorio, le représentant le plus direct de l’idée irrédentiste, dénonçait certains actes des autorités autrichiennes lui paraissant offensans pour la couronne d’Italie. Il était intéressant, à un haut degré, de savoir quelle attitude prendrait le cabinet sur une telle question, qui est délicate entre toutes. On sait, en effet, de combien de difficultés se trouve hérissée la pratique de la triple alliance, par le fait de l’universelle répulsion