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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/378

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qui lerait la guerre religieuse par ambition ou par politique ? Il y a là un petit problème qu’il faut éclaircir en passant. On peut hésiter en lisant les tragédies : un poète qui prend pour sujet la mort de la catholique Marie Stuart, et qui lui fait maudire « la folle opinion d’une rance hérésie, » sans donner aux interlocuteurs protestans un mot contre le papisme, peut-il n’être pas catholique ? Mais quand il ménage avec tant de soin Elisabeth, quand il fait venir les anges, les vierges et les rois à l’entrée du Paradis pour recevoir Marie et qu’il omet les saints, quand il écrit l’Avis au lecteur et la tragédie de David, où semblent résumés les chapitres de Calvin sur la pénitence et la justification, ne faut-il pas conclure qu’il est protestant ? Ce qui apparaît évidemment, c’est qu’il est profondément chrétien. Toute son œuvre respire la plus vive piété. Il traite la tragédie avec un esprit fort religieux, et l’estime chargée, même dans les sujets païens, d’enseigner le mépris des choses du monde, de faire éclater « les jugemens admirables de Dieu, les effets singuliers de sa providence, les châtimens épouvantables des rois mal conseillés et des peuples mal conduits. » C’est la doctrine du Socrate chrétien et du Discours sur l’histoire universelle : « En tous les actes, nous dit-il, Dieu descend sur le théâtre et joue son personnage si sérieusement qu’il ne quitte jamais l’échafaud que le méchant Ixion ne soit attaché à une roue. » Dans le traité d’économie, le nom de Dieu revient à chaque page : il propose la crainte de Dieu comme un frein capable de réprimer les fraudes commerciales et recommande au roi les entreprises coloniales en vue d’évangéliser les sauvages. Il est hors de doute qu’il eut la ferveur et la foi ; mais deux passages du Traité, auxquels on ne s’est pas arrêté jusqu’ici, établissent nettement qu’il fut catholique. Que veut dire, autrement, cette réflexion, que la France a conservé la gloire « du vrai christianisme, quoi que les autres prétendent ? » Or la France était catholique. Mais elle était aussi gallicane, et Montchrétien l’est aussi. Ne disant pas un mot du maintien de l’édit de Nantes, il recommande vivement au roi de respecter et de soutenir les droits de son Église gallicane. Il prend position nettement, comme on le voit, entre les huguenots et les ultra-montains. D’où vient donc qu’il n’ait pas manifesté plus souvent sa croyance ? qu’avec tant de zèle, il recommande au roi avec tant d’indifférence ses « sujets de l’une et l’autre religion, » comme si en cette matière tout lui était égal ? C’est qu’il aspire à la pacification religieuse. On a dit qu’il était intolérant : oui, il l’est pour l’impiété, mais il tolère l’hérésie. Il est de ce parti modéré qui s’est rallié autour d’Henri IV, qui, suivant la belle parole du chancelier de L’Hôpital, veut abolir ces noms détestables de huguenots et de papistes, pour ne garder que ceux de chrétiens et de Français. Qu’on