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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/315

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de se venger doucement par cette réponse : « Monsieur, je suis bien vieux pour croire que vous avez reçu de Sa Majesté l’ordre de forcer toutes mes serrures pour trouver un recueil de vieilles parades : je n’en obéis pas avec moins de soumission. Il y a bien, dans la préface d’une de ces pièces, quelques mauvaises plaisanteries sur MM. les gentilshommes de la chambre ; comme je suis persuadé que ces messieurs ne prendront pas la peine de les lire, je n’hésite pas à vous envoyer l’ouvrage tel qu’il est. » Que ces farces se présentent sous l’aspect le plus rabelaisien, on ne s’en étonnera pas, en se rappelant avec quelle désinvolture, en plein XVIIIe siècle, les gens les plus huppés emploient des mots qui nous semblent incompatibles : dans l’une d’elles, on voyait trois lits sur la scène pour six personnes, et, comme elle échoua misérablement, quelqu’un fit cette réflexion : « Il faudrait bassiner tous ces lits-là. » Lekain, dans une fête donnée en l’honneur de Mesdames Adélaïde et Victoire, jouait un rôle de Zirzabelle, femme grosse, travaillée des douleurs de l’accouchement : dès qu’il parut, un rire homérique souleva la salle, gagnant les acteurs et lui-même au point qu’il ne put prononcer deux mots, et qu’il fallut, séance tenante, remplacer la parade par un proverbe. Le dialogue est à l’unisson des situations et, à défaut d’une analyse de ces folies, analyse trop scatologique pour être tentée, même avec des voiles, voici quelques titres passablement significatifs, et qui promettent tout ce que contiennent les pièces elles-mêmes : la Confiance des C…, Léandre hongre, le Marchand de m…, l’Amant poussif, Isabelle grosse par vertu, Léandre étalon. Point d’euphémismes, point de ces tournures délicates qui, pour la nudité des choses, sont comme les feuilles de vigne devant certaines statues, et tendent en quelque sorte un rideau entre la décence et la réalité : on va droit au fait, les mots les plus gras circulent librement dans cette orgie scénique, et, remontant vers l’antique brutalité, évadée de la prison où règnent les conventions théâtrales et les convenances, grossière et lascive, semblable à ces dieux mythologiques qui bannissaient toute pudeur de leur culte, la farce se rue, victorieuse, dans la société la plus policée qui fut jamais, et avec son cortège de trivialités, s’impose-par la loi des contrastes et des appétits blasés.


II

Parmi les théâtres princiers où la parade eut ses coudées franches et marcha de pair avec les autres spectacles, figurent ceux du duc d’Orléans et du comte de Clermont. Arrière-petit-fils du grand Condé, frère puîné du duc de Bourbon, cet agioteur, du comte de Charolais, un véritable scélérat, voué par son rang de cadet aux