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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/238

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simplement de se plier aux conditions d’un gouvernement sensé, d’assurer au pays le repos des consciences et la liberté. Il y a, en un mot, un peu partout, un mouvement sensible d’apaisement, qui est le signe le plus caractéristique du moment.

C’est précisément ce travail de pacification et de conciliation que les radicaux prétendent arrêter ou détourner par leurs excitations et leurs exclusions, en rallumant la guerre s’ils le pouvaient, en fermant plus que jamais, comme ils le disent, la porte de la république. — Eh bien ! on entrera tout de même, c’est vraisemblable, on ne se laissera pas arrêter par ces fanatiques vulgaires qui n’entendent pas mieux l’intérêt de la république que l’intérêt de la France. M. Lockroy lui-même peut préparer ses interpellations pour l’ouverture de la session et se promettre d’embarrasser le gouvernement en l’interrogeant sur sa politique. M. le pasteur Dide, le récent apologiste de Danton, peut se joindre à M. Lockroy pour faire un nouveau discours contre le cléricalisme au sénat. Ils ne réussiront probablement ni l’un ni l’autre à détourner un mouvement qui pourra être disputé, mais qui reste l’expression des instincts de libérale modération toujours vivans dans notre pays, qui est né de toute une situation et se lie à la renaissance extérieure de la France.

Quand on parle de la transformation des choses contemporaines, on peut dire qu’elle est partout aujourd’hui, dans les idées comme dans les faits, dans la politique, dans le monde du travail comme dans les rapports des peuples. Elle est certainement avant tout dans ces dernières scènes de l’histoire européenne, dans ces manifestations qui depuis quelques semaines se succèdent du nord au midi et où la France a été si bien représentée. — Des fêtes, si l’on veut, des démonstrations d’apparat, des banquets, des bals, des complimens offerts à nos marins : ces fêtes, après tout, ont un sens profond. Elles sont dans tous les cas le signe d’une situation singulièrement nouvelle qu’on entrevoyait à peine il y a quelques mois, qui est aujourd’hui un fait éclatant avec ses caractères et ses conséquences encore mystérieuses. C’est comme la révélation d’un ordre nouveau dans les affaires de l’Europe, et la visite de l’escadre française à Portsmouth complète sans l’éclipser la visite à Cronstadt.

Oui, vraiment jusqu’au bout tout s’est bien passé, et pas un instant le voyage de nos navires à travers les mers, sur des côtes également hospitalières, n’a cessé d’être digne de la France. Après les démonstrations de Cronstadt, de Saint-Pétersbourg et de Moscou, après cette explosion du sentiment national russe qui a si profondément retenti dans notre pays français, après les témoignages si spontanés de la cordialité impériale, des sympathies de la cour et du peuple, notre escadre a trouvé dans les eaux britanniques un accueil d’un